Document garant d'une nationalité, le passeport établit l'identité et la citoyenneté.

Document garant d’une nationalité, le passeport établit l’identité et la citoyenneté.

Le fait de former une nation, me dit d’abord le dictionnaire avant d’évoquer l’état d’une personne qui fait partie d’une nation politique.

Mais la question mérite, je crois, plus d’une réponse et un meilleur approfondissement : un citoyen, homme ou femme, de Genève-ville est ressortissant de la commune mais aussi du canton de Genève, ressortissant Suisse, mais aussi d’une certaine manière ressortissant de l’Europe et également du monde qui, s’il n’est pas une nationalité, détermine pourtant une appartenance certaine.

Sa nationalité est-elle réellement déterminée par la commune, par le canton, par le pays, par le continent ou par la terre ?

 

Au XIXème siècle, la réunion de petits états en grands pays nécessitait de nouvelles identifications.

Au XIXème siècle, la réunion de petits états en grands pays nécessitait de nouvelles identifications.

Si la réponse est culturelle, alors devra-t-on se souvenir aussi qu’il appartient à la Romandie et à la communauté francophone, comme il est certainement attaché à une orientation musicale sinon à une idéologie philosophique ou artistique particulière.

Le XIXème siècle avait exacerbé le nationalisme pour mieux marquer les attachements des citoyens et stimuler une cohésion, encore indécise dans bien des pays composés nouvellement ou recomposés avec des territoires précédemment divisés, mais aussi pour consolider le lien des individus avec leur sol devenu nation, entité politique et unité suprême puisque chaque pays se veut alors libre et indépendant, sinon antagoniste des autres.

 

Au sud comme au nord, des petites souverainetés sont absorbées par une nation plus étendue.

Au sud comme au nord, des petites souverainetés sont absorbées par une nation plus étendue.

Dans cette période marquée par l’intolérance, la nationalité se devait d’être à la mesure du nationalisme : totalitaire et exclusive, d’une ligne pointilleuse et tranchée, regardant tout étranger comme un ennemi et tout national comme obligatoirement chauvin et solidaire, dans une même vision étroite.

Contemporaine aussi de l’obligation de servir, cette appréhension du patriotisme exacerbé n’est pas liée seulement au sentiment d’appartenance : la guerre, longtemps regardée comme l’action appartenant au seigneur, devenait accessible à tout un chacun par l’incorporation milicienne et prenait la posture orgueilleuse d’un engagement anoblissant, source de gloire.

 

 

Une identification plus individuelle devait remplacer le droit sacré du seigneur déclinant.

Une identification plus individuelle devait remplacer le droit sacré du seigneur déclinant.

Dans sa culture de l’exclusivité, cette approche tend naturellement à la xénophobie, au racisme et au sectarisme, elle bonifie un totalitarisme et a accompagné ou consolidé les dictatures du vingtième siècle en cautionnant, au nom du patriotisme déterminant, tous les excès au détriment des autres, étrangers ou différents.

S’il reste dans nos sociétés des présences et des mouvances nationalistes, l’appartenance patriotique est aujourd’hui regardée plutôt comme une attache culturelle et généralement ressentie comme une préférence, une orientation privilégiée mais ouverte, sans impératif contraignant.

Spontanément acquise par la filiation ou par la naissance, selon le droit du sang ou celui du sol, la citoyenneté peut aussi se gagner par une démarche volontaire de naturalisation, aux conditions déterminées par chaque pays.

 

La conscription fut  déterminante de la participation à la patrie.

La conscription fut déterminante de la participation à la patrie.

Comme la filiation n’est pas unique et que les géniteurs ne sont pas nécessairement de la même origine, le cumul de deux patries natives n’est pas rare et la transmissibilité de cette particularité amène même des pluralités élargies de passeports.

Inadmissible ou peu admissible dans la perception exclusive d’une nationalité sans partage, cette réalité répond cependant aussi à la diversification des racines culturelles et à l’ouverture au monde multinational, multi continental, multiracial et multiculturel.

 

L'ennemi commun est propre à galvaniser l'unité; les conflits ont accentué l'exclusivité de la nationalité.

L’ennemi commun est propre à galvaniser l’unité; les conflits ont accentué l’exclusivité de la nationalité.

L’évolution des mentalités, des sociétés et des législations n’est cependant pas uniforme et subit des variations sous l’influence de conditions spécifiques géographiques, économiques, historiques et circonstancielles, si bien que deux pays proches ou contigus peuvent garder de grandes différences de convictions et de doctrines.

Ainsi survient l’exemple de Jean-Claude Biver qui, arrivé en Suisse à l’âge de dix ans, a depuis vécu constamment dans le pays, s’est formé, développé et marié, est devenu une personnalité éminente de la vie économique sans pouvoir, jusqu’à cette année, en prendre la nationalité nonobstant l’importance de ses engagements.

 

Le Luxembourg possède un statut particulier. La foi, justifiée ou non, dans un avantage national renforce la détermination d'exclusivité nationale.

Le Luxembourg possède un statut particulier. La foi, justifiée ou non, dans un avantage national renforce la détermination d’exclusivité nationale.

Luxembourgeois par filiation, il devait en effet renoncer à sa nationalité native pour en acquérir une autre, parce que le Grand-Duché n’acceptait pas cette ouverture ; dès lors confronté à un choix cornélien, il a attendu longuement (cinquante-deux ans) que le Luxembourg modifie enfin sa loi et permette de se naturaliser sans renier pour autant ses racines.

Heureux aujourd’hui, rayonnant même en recevant les certificats de nationalité et d’état-civil, il déclare je me suis marié à la Suisse, notre union est désormais officielle !

 

Le grand-duché à longtemps refusé les doubles nationalités.

Le grand-duché à longtemps refusé les doubles nationalités.

Ce choix d’un homme déjà solidement ancré par son intégration, sa carrière et ses investissements n’est pas seulement l’évolution logique d’une implantation mais aussi la progression résolue des engagements menés dans et avec le pays : son épouse, naturalisée par la même démarche, est déjà élue municipale.

Cette interdiction faite aux citoyens de se naturaliser était relativement répandue dans le passé, mais n’est plus guère pratiquée dans notre région du globe : l’intégration des êtres à leur lieu de vie, l’addition des nouvelles racines et la préservation des anciennes sont entrés dans la compréhension et dans les usages.

L’obstacle persiste pourtant pour les ressortissants de certaines zones où l’exclusivité, parfois jalouse, reste une pratique, une idée et un dogme, souvent avec un besoin ou une recherche d’éléments forts de cohésion sociale.

Cependant, ce maintien forcé d’un patriotisme possessif et fermé se fait alors au détriment des moyens d’intégration des personnes, contraintes de rester des étrangers là même où se déroule et se développe leur vie, pour ne pas répudier leur souche native et familiale.

Comme à chaque endroit, hélas, l’intolérance empêche de vivre et de bien vivre, de s’épanouir !