L'écusson de Genève, y compris le soleil, les lettres grecques et la devise.

L’écusson de Genève, y compris le soleil, les lettres grecques et la devise.

La nouvelle constitution qui entrera en vigueur le premier juin 2013 donne une définition froide et quelque peu lacunaire des armoiries, dont les critiques ont été balayées par l’argument qu’un dessin restait joint à la description, si bien qu’elle est dépouillée de toute sa source historique, mais quelle est l’origine de ce blason ?

Comme la réponse à cette question fait principalement ou entièrement appel à l’histoire, sa complexité n’est pas faible et sa difficulté reste la bonne interprétation des découvertes.

 

Armoiries de l'empire romain germanique.

Armoiries de l’empire romain germanique.

L’ancienneté de ce symbole serait de quelque utilité à comprendre, bien que les références puissent rester plus anciennes, puisque la constitution d’une identification tire souvent ses sources des racines dont elle se prévaut.

Par la seule mémoire pour laquelle je remercie ceux qui m’ont enseigné, la demi-aigle éployée de sable, becquée, languée, membrée, armée et couronnée de gueule ferait référence à l’ancienne suzeraineté du saint-empire.

Une recherche dans les points de repère historiques du site au moyen-âge en donne une confirmation puisque, lors de la désagrégation de l’empire de Charlemagne, Genève fera partie du second royaume de Bourgogne, dit aussi de Bourgogne et d’Arles, dont le dernier roi, Rodolphe III, mourra sans postérité en l’an 1032 instituant Conrad II, dit le Salique, également empereur romain-germanique depuis 1027, son héritier.

 

Royaume de Bourgogne et d'Arles.

Royaume de Bourgogne et d’Arles.

Pour autant le pouvoir local reste entre les mains du comte, vassal de l’empire, en partage avec l’évêque, qui exerce certains droits régaliens et celui de battre la monnaie.

Sous l’émulation des réformes grégoriennes, une opposition se manifeste progressivement contre les empiétements du seigneur sur les biens de l’église. Avec le soutien du pape, l’évêque Humbert de Grammont refuse allégeance au comte Aymon de Genève et parvient à lui imposer le traité de Seyssel en 1124.

Si ce traité établit le principe de souveraineté de l’évêque sur la ville, il ne met pas fin aux conflits qui perdurent à travers de nouveaux traités de Saint-Simon (1156), d’Aix-les-Bains (1184) et de Desingy (1219).

 

Barberousse, une figure importante du moyen-âge.

Barberousse, une figure importante du moyen-âge.

L’empereur Frédéric Ier Barberousse établira l’indépendance de l’évêque et même sa suprématie sur le comte par un diplôme de l’an 1162, faisant de l’évêque un prince immédiat de l’empire et étendant les propriétés de l’évêché au détriment du comté.

Est-ce l’origine qu’il faut considérer de la clef désignant une ville franche et donc de la seconde partie du blason, c’est incertain puisque les blasons apparaissent alors depuis peu, mais avant tout pour identifier des chevaliers dans leurs armures.

Cette reconnaissance n’est d’ailleurs pas encore celle de la ville, mais bien celle du prince évêque qui possède la souveraineté, rend la justice et exerce le pouvoir, collecte aussi les droits du seigneur comme ceux de l’église.

 

Amédée V de Savoie soutint les bourgeois pour affaiblir l'évêque et en tirer profit.

Amédée V de Savoie soutint les bourgeois pour affaiblir l’évêque et en tirer profit.

Quelques péripéties encore seront déterminantes de la réelle libération de Genève pour quelques siècles, et de la prise en main de son destin par sa population.

L’expansion des propriétés de la maison de Savoie sur le pays de Vaud donne aux comtes de Savoie une ambition prononcée d’assujettir cette ville et d’en faire leur capitale.

En 1263, les marchands et artisans de Genève se réunissent pour contester les pouvoirs seigneuriaux de l’évêque. Le développement de foires, qui apporte la prospérité, leur permet de prétendre à des concessions auprès d’un évêque trop à court d’argent, à l’exemple des communes libres d’Italie.

 

Reste du château, la Tour-de-L'isle garde le passage du Rhône.

Reste du château, la Tour-de-L’isle garde le passage du Rhône.

Le comte de Savoie s’appuiera sur ce mouvement communal pour chercher à affaiblir le pouvoir épiscopal. En 1285, les citoyens désigneront dix syndics pour les représenter, dans une organisation de « commune » : la décision est annulée le trente septembre par l’évêque mais le premier octobre Amédée V de Savoie leur accorde des lettres patentes, garantissant la sécurité des marchands se rendant aux foires.

Puis il s’empare du château en l’Isle sur le Rhône en 1287 et obtient divers avantages au détriment de l’évêque par le traité d’Asti, en 1290.

 

 

Très conquérante, la maison de Savoie contrôle toutes les terres autour de Genève, dont elle aimerait aussi prendre possession.

Très conquérante, la maison de Savoie contrôle toutes les terres autour de Genève, dont elle aimerait aussi prendre possession.

En 1309 sous la pression des citoyens, l’évêque Aymon de Quart est contraint de donner une existence légale à la commune, afin qu’elle n’empiète pas sur la juridiction épiscopale. Les citoyens assemblés en conseil général éliront chaque année quatre syndics, qui géreront les affaires de la ville.

Par le jeu d’influences ou par des échanges, la maison de Savoie obtient l’octroi, en 1365, du vicariat impérial sur les diocèses de la région, y compris celui de Genève.

 

De nouveaux murs d'enceinte pour se protéger des seigneurs de Savoie.

De nouveaux murs d’enceinte pour se protéger des seigneurs de Savoie.

Dès lors les citoyens de Genève ressentent le besoin d’une nouvelle enceinte, plus perfectionnée et moins étroite.

L’évêque Guillaume de Marcossey, après avoir obtenu la révocation du vicariat impérial, entreprendra les grands travaux financés par des impôts extraordinaires et incluant dans une nouvelle fortification le Bourg-de-Four, dès 1375.

Adhémar Fabri, évêque auxiliaire de Genève de 1366 à 1377, puis évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux de 1378 à 1385, sera nommé alors évêque de Genève par Robert de Genève, devenu pape sous le nom de Clément VII.

 

Adhémar Fabri, évêque de Genève, semble n'être venu dans la ville que pour l'occasion des franchises.

Adhémar Fabri, évêque de Genève, semble n’être venu dans la ville que pour l’occasion des franchises.

Occupé surtout par ses charges auprès du pape, il semble n’être revenu à Genève que pour signer, le vingt-trois mai 1387, la confirmation « de toutes les libertés, franchises, immunités, us et coutumes » de cette cité, valant pour lui et ses successeurs seigneurs de la ville.

 

Le sceau d'Adhémar Fabri.

Le sceau d’Adhémar Fabri.

Charte en septante-neuf articles, ce traité établit les règles de procédure ainsi que les ordonnances de sécurité, mais aussi la répartition des compétences entre l’évêque et la communauté.

Plus que le diplôme de Frédéric Barberousse, cet acte pourra certainement être considéré comme déterminant de la clef de liberté de Genève ; mais les péripéties ne sont pas terminées pour autant.

Quant à l’écusson, il tirerait donc bien son origine de l’emblème impérial pour la moitié et de la franchise pour l’autre, mais un parcours dans les archives de l’Etat serait bien utile à compléter et ajuster sa définition, à moins de n’en revenir qu’à celle de la loi sur la dénomination, les armoiries et les couleurs de l’état.

Au reste la présence des lettres grecques n’est pas élucidée, tandis que la devise aurait été adoptée lors de la réforme.