Modèle historique du pouvoir, Jules César sera assassiné avant d'être empereur.

Modèle historique du pouvoir, Jules César sera assassiné avant d’être empereur.

La première tare des sociétés humaines, celle qui occasionne les plus grands excès, et pas seulement ceux que l’on appelle exaction, crime de guerre ou crime contre l’humanité, c’est certainement la course au pouvoir.

Course d’ambitions dans le premier temps où tous les coups sont permis, pourvu qu’ils ne laissent pas de mauvaises traces, coups bas de l’arène économique et politique, voire diplomatique, irrespect des engagements et démagogie ou utilisation de véritables spectacles en guise de conquête.

 

Autre modèle historique, le roi soleil héritera d'un trône chancelant pour établir un pouvoir absolu.

Autre modèle historique, le roi soleil héritera d’un trône chancelant pour établir un pouvoir absolu.

Cependant si, dans une démocratie, la séduction se doit de jouer un grand rôle à côté du jeu des alliances, car la dimension rend vite déterminants les appareils en place sauf dans les petites communes, c’est aussi parfois plus musclé lorsque l’armée est dominante ou que de démocratie, il n’y a que le nom.

Ainsi avons-nous de temps à autre des épisodes inattendus dans le déroulement bien ordonné par nos institutions, comme le changement de parti d’un conseiller d’état lorsqu’il a épuisé le nombre de mandats accepté par le sien (cf. Christian Grobet), ou la réaction des chambres fédérales qui sanctionnent un conseiller trop peu collégial en ignorant les candidatures de son parti (cf. Christoph Blocher).

Christian Grobet. Conseiller d'état à Genève pendant 12 ans.

Christian Grobet. Conseiller d’état à Genève pendant 12 ans.

Néanmoins, il n’y a là que le fonctionnement d’une action publique dans l’appareil politique et le respect tant institutionnel qu’humain n’est pas violé : ce sont les mésaventures normales des confrontations de personnes, de groupes de personnes et de clans politiques constitués.

Deux aspects sont déterminants de ce déroulement conforme et de la bonne application des conséquences électives engendrées par les mises en cause d’une autorité précédemment établie : l’équilibre des institutions et une culture démocratique bien ancrée.

 

Christoph Blocher, conseiller fédéral suisse pendant 4 ans.

Christoph Blocher, conseiller fédéral suisse pendant 4 ans.

A défaut de ces deux éléments, l’électorat reste l’otage des instruments du pouvoir comme dans les pays à parti unique ou, pire encore, la population est assujettie par les instruments de contrainte que sont l’armée et la police, dans des compositions parfois alambiquées.

D’autre part certains pays sont habillés d’un système électoral démocratique sans que leur administration se développe dans ce sens, ni que l’instruction ou la culture soit apprêtée à la démocratie.

Le continent africain contient une grande diversité politique et des modèles variés, dont la volonté populaire n’est pas toujours l’élément principal.

 

Installé à la présidence de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo n'a pas accepté sa non réélection.

Installé à la présidence de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo n’a pas accepté sa non réélection.

Le degré de scolarisation, d’instruction, d’éducation démocratique et même d’alphabétisation y reste très inégal comme la sensibilité à la démagogie : à un éminent professeur de l’institut des hautes études internationales, j’emprunterai cette phrase que le monde arabe est malade de la rhétorique.

Au passage, j’en viens à me demander si ce mal n’est pas contagieux en constatant l’accroissement du succès des tribuns populistes.

Mais les précédents ne manquent pas dans cet espace continental de dénégation des droits du peuple, non seulement dans la gouvernance des états mais encore dans la pratique civile ou administrative en général.

 

Les milices peuvent concurrencer l'armée régulière en Côte d'Ivoire

Les milices peuvent concurrencer l’armée régulière en Côte d’Ivoire

Il en va souvent de même des constitutions, lorsqu’elles existent, parce que les institutions ne sont le plus souvent ni fortes, ni contraignantes et restent soumises au pouvoir, plus qu’elles ne l’encadrent ou le déterminent.

L’insoumission à la constitution du pouvoir installé détenu par Laurent Gbagbo était depuis longtemps tellement flagrant qu’élu pour cinq ans, il n’aura accepté de convoquer de nouvelles élections qu’après dix ans, sous de fortes pressions internationales.

 

Alassane Ouattara, président élu, dut s'appuyer sur des milices pour prendre le pouvoir.

Alassane Ouattara, président élu, dut s’appuyer sur des milices pour prendre le pouvoir.

Rien d’étonnant donc à son refus de reconnaître le succès de son rival et les résultats électoraux malgré l’existence d’un contrôle international de la conformité du scrutin et de sa légitimité.

Pas plus que sa méthode n’est surprenante de faire déclarer par un organe à sa solde qu’il est vainqueur, malgré l’existence d’une commission électorale sous l’observation des spécialistes adéquats.

 

Les milices ont un caractère régional ou tribal.

Les milices ont un caractère régional ou tribal.

Son insistance obtuse est à la mesure de sa volonté de pouvoir car il y a pris goût et surtout, il en a maintenant l’habitude ; de plus le temps ne lui a pas manqué pour préparer les moyens de sa résistance, même si un embargo sur l’armement consécutif à une guerre civile a limité sa capacité belliqueuse.

Croyant encore à sa possibilité de vaincre, il n’a donc pas hésité à induire une nouvelle guerre civile que son concurrent, craignant l’érosion d’une situation délétère et la déliquescence de l’état sans véritable conduite, aura ouverte pour concrétiser une investiture différée.

 

Toutes les milices ne paraissaient pas autochtones.

Toutes les milices ne paraissaient pas autochtones.

Déjà plusieurs milliers, peut-être même plusieurs dizaines de milliers de morts s’accumulent consécutivement à cet acharnement à tenir encore un pouvoir, que l’électorat lui a enlevé.

C’est que depuis presque deux décennies la course au pouvoir a conduit à de nombreuses manipulations, dans lesquelles le débat de l’ivoirité a ouvert des iniquités ethniques et suscité des rancœurs, beaucoup de frustrations, d’animosités voire de haines.

 

Les mœurs des milices sont pour le moins rudes.

Les mœurs des milices sont pour le moins rudes.

Aussi la distribution rapide et sans contrôle d’armes de guerre par le résistant et peut-être aussi par l’élu ne pouvaient manquer, au-delà de servir leurs desseins, de laisser s’exprimer la force des rivalités populaires et raciales précédemment excitées pour valider des positions infondées.

Car les uns ont été conquis en excipant de la supériorité de leur privilège ou de leur valeur ethnique dans une conception raciste interethnique, les autres ont été stigmatisés par la frustration de leur droit, voire de leur reconnaissance nationale, au seul profit de la consolidation du pouvoir.

 

Le contexte d'une arrestation.

Le contexte d’une arrestation.

La haine ainsi distillée depuis nombre d’années a été débridée par l’éclatement du conflit, mais aussi par la remise d’armes en permettant l’explosion, créant certainement les exactions que l’on cite récemment.

Plus au nord les pays du Maghreb nous paraissent plus familiers et moins agités mais ils sont cependant dans une grande effervescence.

 

Les cadavres sont le premier résultat.

Les cadavres sont le premier résultat.

Lorsqu’excédé par trop de corruption et une trop grande injustice, un jeune tunisien désespéré s’est immolé devant une préfecture, initiant une série de martyrs et des réactions populaires fortes, le scandale était moins étonnant que la vitesse de propagation d’une révolte qui couvait depuis longtemps sans s’extérioriser.

 

Une reddition des armes largement distribuées a bien été organisée.

Une reddition des armes largement distribuées a bien été organisée.

Les réveils engendrés par le succès de ce soulèvement plébéien n’ont pas achevés leurs effets mais deux dominations déjà sont tombées sous la montée des revendications de masse, entraînant des remaniements importants après la chute du despote.

En Lybie où le pouvoir fut particulièrement lourd et l’administration peu structurée et dépourvue d’indépendance, la contestation prit rapidement une forme d’affrontement.

 

Trônant depuis un temps certain, Mouammar Kadhafi était bien accroché.

Trônant depuis un temps certain, Mouammar Kadhafi était bien accroché.

Lorsque l’autocrate envoie des milices, des mercenaires et les comités révolutionnaires pour réprimer les revendications, le soulèvement prend une véritable forme de révolte armée, une partie des militaires rejoignant d’ailleurs les insurgés.

La décision du dictateur d’engager l’aviation et l’artillerie contre la population provoquera, au-delà de réprobations multiples de tous horizons politiques, une intense activité diplomatique puis la décision d’intervention par des frappes aériennes, dans l’application d’une décision du conseil de sécurité des nations unies.

 

Une insurrection s'est manifestée avec force.

Une insurrection s’est manifestée avec force.

A coup d’armes lourdes, d’artillerie, de blindés et d’autres explosifs les rebelles, qui ont constitué leur structure organisationnelle au feu de l’action, affrontent les forces de toutes natures regroupées sous les ordres de l’arrogant colonel et de son clan, avançant ou reculant ici ou là selon les moments.

Ce champ de bataille est lui aussi jonché de victimes et les uns sont évacués par bateau ou soignés dans les structures sanitaires en utilisation, tandis que les autres doivent être rapidement ensevelis.

 

Des parachutages d'équipement viendront en renfort.

Des parachutages d’équipement viendront en renfort.

Ces luttes plus ou moins fratricides, drainant leur lot de hargnes et de vindicte, ouvertes pour un temps encore imprécis, libèrent des instruments et des pratiques de guerre sur un territoire marqué encore par bien des rivalités de clans, de traditions et de pouvoirs mais encore de propriété.

Que deviendront ensuite ces équipements et ces groupes familiarisés au conflit armé lorsque, devenus superflus là où ils se trouvent, ils se verront débauchés, à louer pour d’autres ou à céder au plus offrant ?

Iront-ils semer quelque nouvelle détresse plus à l’intérieur des terres, augmenter la masse des orphelins, des déshérités et des déplacés par quelque nouvelle action de combats au profit d’un nouveau pouvoir prétendant ?

Avant que ses plaies ne se cicatrisent, l’Afrique pourrait en subir d’autres encore.

Article publié originellement le onze avril 2011.