Économiste brillant et particulièrement bien introduit, Philipp Hildebrand a sans doute fait de l’ombre.

En fin d’année, le goût de la rétrospective est particulièrement présent et chacun se retourne pour trouver, dans les évènements de l’année qui se termine, le caractère saillant du cru.

Ma vision critique, chacun aura la sienne, me conduit à observer comme une véritable pathologie la perversion de la communication dans la conduite démocratique de nos pays.

 

Kashia sera involontairement la cause de la « faiblesse » exploitée pour éjecter son époux de la banque nationale

L’année 2012 à son début fut marquée, en Helvétie, par un déchainement de presse contre Philipp Hildebrand, président de la Banque Nationale Suisse, que l’on accusa avec insistance d’un délit d’initié pour une transaction faite par son épouse, elle-même très active et impliquée dans l’économie, disposant par ailleurs d’une formation universitaire pointue de gestion.

Alors même que le mouvement décidé par l’épouse américaine de l’intéressé n’avait pas un caractère spéculatif, mais celui de la mise en attente d’une liquidité momentanément disponible, tandis que l’avantage réalisé n’eut dans le budget du couple qu’une place anecdotique, que rien ne permet de croire que l’épouse ait été informée des actions et des intentions du directoire chapeauté par le mari, une grande cabale s’est déchainée.

 

Derrière la cabale un homme, Christophe Blocher, imbu et frustré du pouvoir, qui rumine une hargne envers tous ceux qui lui ont résisté

Devant l’incendie, certaines informations ont été communiquées par les organes de l’institution concernée, l’autorité de contrôle ayant été informée avant sa réalisation de l’existence de l’ordre litigieux et de son contexte, et l’ayant autorisée, sans y voir aucune transgression des règles usuelles mais au plus une inopportunité.

Afin de neutraliser la situation financière, le gain fut versé à une association charitable sans amener aucune modération des attaques, dont la source n’était autre que le tribun turbulent d’un parti, par ailleurs ancien conseiller fédéral et ennemi déclaré de Philipp Hildebrand.

 

L’intervention des organes de la vénérable institution ne suffira pas à calmer la tempête

Telle est donc la capacité d’influence, faut-il dire de nuisance, de ce trop riche gourou de l’UDC, dont les investissements assurent largement l’audition dans la presse alémanique, quand encore il ne finance pas une campagne de ses propres deniers.

Celui qui lui a succédé au gouvernement, après une courte traversée du désert décidée par le parti en excluant deux magistrats et l’ensemble d’une section cantonale dans un schisme sans profit, se montre bien moins adroit en communication.

 

Premier élu au conseil fédéral de l’UDC depuis la fracture ouverte par la non-réélection de Blocher, Ueli Maurer semble bien peu à son aise

Nombreuses en effet ont été les contradictions de ses déclarations au sujet de l’avion qu’il aspire à acquérir pour l’armée suisse, le Grippen suédois ; si certaines ont pu laisser croire qu’il ne comprenait pas les questions auxquelles il répondait, d’autres font la preuve d’une lecture des plus sélectives des rapports rendus pas la commission chargée de préparer le choix de la machine répondant le mieux au cahier des charges de l’armée.

 

Devant les difficultés à obtenir un budget, plutôt que de renoncer à l’acquisition d’avions, le magistrat remet en lice le Grippen moins onéreux mais écarté par les experts

Les confusions et les embarras de ladite communication ont atteint un tel niveau, qu’une commission d’enquête parlementaire a été chargée d’établir les causes du manque de clarté et de cohérence du dossier.

En France, l’art verbal n’est pas non plus très stable puisque l’élu a d’abord fait l’objet, dans son propre parti, de sévères dévalorisations avant que viennent les déclarations de soutien à sa candidature.

 

Évincé par sa compagne en 2007, François Hollande a remporté les élections présidentielles en 2012

Tout donne à croire que, plus que de conviction en sa faveur, il aura bénéficié d’un large refus du prédécesseur, qui briguait sa réélection.

Une longue absence de déclarations ou de manifestations d’actions a prématurément usé son état de grâce pendant l’été et la faible intensité des engagements pris ne consolide guère une confiance érodée.

Plus encore, une valse hésitation dans laquelle apparait une trop grande volonté de ne déplaire à personne décrédibilise maintenant tout ce qui progresse, puisqu’en parallèle avec le cheminement vers la réalisation de ses promesses formelles de candidat, il en altère la vérité par d’apparentes concessions aux opposants les plus farouches.

 

C’est l’image qui en sera donnée pendant les primaires, tandis qu’une autre candidate l’appellera « France Molle »

Ainsi malgré une évolution d’ouverture au mariage pour tous du législatif, c’est François lui-même qui déclare aux maires qu’ils n’auront pas l’obligation d’assumer leurs fonctions et d’appliquer la loi de la république, au nom de leur foi ou de leur conception morale !

Cependant les cafouillages où voisinent l’indiscrétion inutile ou malveillante et la dissimulation simple ou par des contournements, au détriment de la limpidité démocratique comme de la crédibilité des institutions, ne sont pas une nouveauté. La suite du commentaire a été écrite il y a deux ans.

 

Peu rancunier ou calculateur, le président ne tiendra pas rigueur à Arnaud Montebourg de l’avoir comparé à un dessert mou et lui confirmera un portefeuille

Alors que chacun préparait les grandes festivités familiales ou sociétales de fin d’année, dans la fièvre du dernier moment où chacun se presse de terminer les dossiers que l’on ne veut pas retrouver l’année suivante, un juge d’instruction fédéral a transmis son travail au ministère public fédéral.

 

Compagne de François, Valérie Tierweiler aura sa part dans les couacs de communication en favorisant le rival de Ségolène Royal aux législatives : serait-elle le bras vengeur ?

Cette affaire là avait largement animé l’actualité politique et médiatique, non tant parce qu’il était question d’équipement atomique et d’armement qu’à cause de l’intervention du conseil fédéral en travers de l’action judiciaire.

Pascal Couchepin alors président l’avait confirmé : le conseil fédéral avait détruit des documents représentant un risque pour la sécurité du pays, évoquant les plans d’une arme atomique.

 

Les Tinner, le père et deux fils, ici Urs l’un des fils, ont transgressé la loi sur la vente d’armement à l’étranger en fournissant les éléments d’une arme nucléaire au Pakistan, notamment

Beaucoup de suppositions ont alors été émises d’autant qu’il était connu que les prévenus, deux frères ingénieurs saint-gallois, après avoir évolué dans des eaux très troubles du développement international de l’armement atomique, avaient activement collaborés avec la CIA pour la chute du réseau auquel on a donné le nom du créateur de la bombe atomique du Pakistan.

D’importantes réactions s’en sont suivies devant cette violation manifeste de la séparation des pouvoirs au nom de l’intérêt supérieur du pays, développant même un antagonisme ouvert entre le législatif et l’exécutif.

 

C’est Pascal Couchepin, en sa qualité de président, qui confirmera les informations de destruction, mais la décision était bien antérieure

Aux Etats-Unis même des critiques véhémentes se sont élevées contre une volonté d’empêcher une procédure pénale car, sans savoir le détail, tous ont compris qu’une intervention sous-jacente existait.

Dans un demi-siècle peut-être les archives révèleront-elles le mécanisme qui a produit ce résultat d’autant plus confus que des « copies des documents détruits » seront transmises deux ans plus tard après élimination des passages délicats.

Il n’en reste pas moins une censure de l’information remise au pouvoir judiciaire, peut-être pour évincer l’examen d’actions conduites en marge de la légalité par ou avec la CIA, peut-être aussi par crainte d’indiscrétions à l’égard d’un renseignement trop sensible.

 

Par son inconduite notoire, Hannibal Kadhafi fut à l’origine d’une crise entre la Lybie et la Suisse : son père ordonnera la séquestration de deux citoyens helvétiques

Cette idée ne parait pas infondée car sur la page même où la Tribune annonce le bouclement de l’enquête, sur la colonne voisine, ATS communique la volonté du conseil fédéral de porter plainte.

Le contexte est celui nommé « affaire Kadhafi », plus exactement la violation du secret de fonction qui a conduit à la communication aux médias des plans d’exfiltration des otages.

 

Max Göldi sera l’un des otages dont l’exfiltration fut envisagée puis abandonnée car trop hasardeuse

La divulgation est en effet intervenue de manière très dommageable car bien trop tôt dans le contexte exacerbé des relations helvéto-lybiennes et fort inopportunément quant à la collégialité gouvernementale.

Mais des manœuvres partisanes ne sont pas forcément étrangères car d’aucuns ont manifestement joué de la concurrence ou de l’opposition des conseillers fédéraux.

C’est peut-être le motif de l’intention du conseil fédéral de tenter encore un éclaircissement dont l’aboutissement reste peu probable, mais dans une volonté de disculpation.

Les deux situations évoquées traduisent des difficultés dans la maîtrise du choix de ce qu’il faut dire et de ce qu’il faut taire, et naturellement comment il faut le faire.

Peut-être l’assistance permanente d’un solide conseiller en relations publiques ne serait pas inutile : la démarche ne serait pas inédite au niveau gouvernemental.