Les entraves, puis l’enfermement sont des conditions particulières contraires à la nature humaine

La conjoncture de détention est un encadrement très particulier, qui nécessite toujours une très grande attention et une vigilance aiguë et persistante.

Qu’il s’agisse en effet de détention préventive, susceptible d’intervenir en l’absence de toute culpabilité, d’écrou judiciaire par conversion d’amendes impayées par négligence ou par indigence, de condamnation par ordonnance ou jugement ou même de détention en vue du renvoi, le respect de l’identité, de l’intégrité et des droits humains doit être rigoureusement assuré.

Des règles sont édictées pour chaque établissement dans le respect, explicitement rappelé ou seulement évoqué, des principes établis par le droit fédéral, par les conventions internationales et par les textes fondamentaux.

 

L’établissement situé à Satigny fait l’objet de l’examen le plus critique

Comme tous les établissements de détention, « La Clairière » fait l’objet d’un code qui lui est propre et qui figure au répertoire systématique genevois sous l’index F 1 50.24.

On se prendrait parfois à souhaiter que les mots approprié, adéquat, adapté soient mieux explicités ou précisés, mais le texte est clair quant aux structures et à la délégation (article 5) :

l’établissement est placé sous l’autorité du directeur tandis que la direction et le personnel de l’établissement sont subordonnés au service des établissements de détentions et des peines alternatives ainsi qu’au directeur de l’office pénitentiaire.

Par ailleurs l’établissement dispose des structures et des moyens nécessaires à l’obtention de la subvention au sens de la loi fédérale sur les prestations de la Confédération dans le domaine de l’exécution des peines et mesures, du 5 octobre 1984.

 

Même clairs et avec des couleurs vives, les locaux fermés ont un aspect angoissant

Evidemment que l’on peut se montrer surpris des graves manquements mis en lumière par le récent audit mais il ne faut pas négliger de prendre en compte la surcharge générale de l’organisation pénitentiaire genevoise, laquelle a probablement sa part dans l’usage de vigiles privés puisque, selon l’article 3 :

Le personnel de surveillance est formé d’un gardien responsable et de gardiens, respectivement surveillantes, détachés par la prison de Champ-Dollon, en accord avec le directeur de l’office pénitentiaire.

 

Les plus jeunes restent souvent les plus vulnérables et ceux qui nécessitent le plus d’attention

La causalité sera certainement détaillée par le rapport remis à la commission parlementaire mais il se déduit facilement que la prison, dont la surcharge crée le sous-effectif, n’aura probablement plus été en mesure de fournir le quota nécessaire au bon fonctionnement de l’établissement.

Seulement les agents de Protectas, aussi braves ou dévoués qu’ils soient, n’ont pas reçu la formation idoine et ne pourront que pêcher par manque de compétence, même lorsqu’il ne s’agit que de surveillance.

L’engagement récent d’éducateurs pallie probablement à un manque d’effectif dans cette qualification, ce qui implique certainement une carence dans chacune des spécialités, soit ici le personnel éducatif, formé d’éducateurs et de maîtres socio-professionnels.

 

Les moyens les plus flagrants ont un effet psychologique certain mais pas toujours une grande efficacité

Les extraits des rapports d’experts qui nous sont livrés par la presse expriment une vision plus sévère encore de la situation, en dénonçant une absence complète de cahier des charges, des inégalités de traitement du personnel, une perte de confiance des employés à l’égard de la direction, un taux d’absentéisme avoisinant vingt-cinq pour cent.

Plus grave et plus dommageable est encore le non-respect du temps imposé hors des cellules de huit heures par jour ou une interdiction de disposer de crayons dans les cellules, par crainte des graffitis. Les détenus auraient passé parfois vingt-quatre heures consécutives en cellules pour permettre des colloques de direction.

 

Des défenses dignes de la guerre sont-ils bien adaptés ?

D’une maison qui accueille des mineurs, une action éducatrice de réhabilitation est largement, sinon principalement espérée mais c’est peu dire que de constater qu’à l’évidence, la situation ne saurait assurer quelque effet pédagogique dans de telles conditions.

Plus que le risque de perte de la manne fédérale relevée par l’autorité tutélaire, c’est la totale incompatibilité des constats avec la mission de rétablissement d’un équilibre et d’une échelle de valeurs de jeunes, qui arrivent avec des troubles sociaux et psychologiques nécessitant une prise en charge cohérente et claire, qui sonne le tocsin avec la plus grande violence.

 

L’entrée dans une condition carcérale produit certainement un sentiment d’effondrement

Car ces préjudices de défaut de prise en charge, au moment critique qui les amène devant l’autorité habilitée à un placement au sein d’un encadrement fort et rigoureux, peuvent s’amplifier bien d’avantage en accentuant leur perte de confiance en la juridiction et en la société dans son ensemble, leur révolte et partant, la transgression dans laquelle ils se définiront.

C’est un réel dégât social autant qu’humain, dont la mesure parait d’autant plus effrayante que les experts évoquent une situation qui perdure depuis de nombreuses années et qui pourrait donc avoir produit déjà certaines bombes en attente.

 

Si certains paraissent bien armés pour faire face à ces circonstances, il ne faut pas confondre de jeunes délinquants et des hommes dont l’expérience assure l’aplomb

Un regard rétrospectif et une écoute des pensionnaires passés de l’endroit pourrait être utile à mesurer et atténuer les conséquences engendrées par une évolution dont l’anomalie est flagrante et l’appréhension difficile.

Parce qu’au-delà du constat de situation, la cécité persistante des services, offices et départements stimule une profonde perplexité devant la flagrance des signaux ignorés : un service où l’absentéisme oblige à travailler constamment avec trois quarts des effectifs peut-il vraiment rester une distorsion ténue ?

 

La connaissance qu’ont certains des établissements par l’autre approche ne leur en donne pas pour autant une expérience probante

C’est dans le char de l’état une étrange verrue, que l’administration du personnel autant que celle du service auraient dû souligner bien rouge et bien gras, et l’absence de signaux de vigilance statistique est un aspect inquiétant de la conduite globale de cette entreprise, plus particulièrement encore lorsque les organismes dérangés impliquent des conséquences sur les individus en état de faiblesse, comme le sont ceux qui sont privés de liberté.

Cette inspection particulière, si l’on veut en tirer tous les fruits, ne devrait pas s’interrompre rapidement, ni pour les incidences en responsabilité que la loi même définit, ni pour les répercussions logiques sur l’appareil d’observation diagnostique, qui eut dû servir de témoin d’alerte mais est demeuré muet ou coi.

 

Quelle qu’en soit la forme matérielle, l’incarcération ne doit pas léser la dignité humaine

Remarquer rapidement une dégradation de fonctionnement est d’ailleurs d’autant plus vital lorsque l’effet se porte sur ceux qui, pour quelque raison que ce soit, manquent au moment du pouvoir de se défendre.

Notre respect de la dignité et de l’intégrité ne peut ici qu’exhaler un hurlement fort et long, afin de nous rappeler combien chaque manquement, chaque iniquité et chaque irrespect est intolérable au moment où la capacité de réaction nous fait défaut, et quelle force peut puiser la révolte qui en naitra.