Piètres arguments, les échanges d’invectives directes ou indirectes se multiplient

Cette « nervosité particulière » du monde politique, déjà observée l’année dernière au moment du vote du budget municipal, atteint maintenant tous les niveaux de l’appareil politique.

Depuis les élections et jusqu’à la prochaine entrée en campagne, les élus adoptent une certaine réserve voire une relative courtoisie, une mesure relativement pragmatique de leurs engagements et des assauts qu’ils réservent aux autres candidats ou partis.

 

Sans être totalement désuète, la présence publique est naturellement insatisfaisante lorsque la population est importante.

Mais à l’approche d’une transhumance électorale, c’est comme un extraordinaire printemps qui s’éveille en suscitant des boutons et des envies, des insolences et des regains d’agressivité, d’impatience et d’outrance.

Cette excitation qui prend naissance dans l’attitude des éligibles contamine très bientôt tous ceux qui s’impliquent peu ou prou dans l’engagement, l’observation ou le commentaire des actions, des élus ou des organismes politiques.

Ici c’est le navrant spectacle d’indignes chipoteries que l’on serait irrité de rencontrer même dans une cour d’école, là c’est l’ascension du conflit verbal entre un élu et un journaliste qui menace de finir au tribunal pénal, là-bas ce sont les décisions abruptes d’une magistrate du plus haut niveau qui font parler de « baroud d’honneur ».

 

Touchant un plus large public, l’affichage n’est pas d’un impact très satisfaisant.

A un autre endroit c’est un élu de l’UDC qui déclare que le conseil fédéral montre « un manque total de vision », parce qu’il ne partage pas la sienne, et « il n’y a aucune volonté de réforme, c’est pathétique » parce qu’il voudrait, comme son parti, un bouleversement complet de l’organisation.

 

Certains, ici Yvan Perrin, attaquent directement l’autorité fédérale qui « manque de vision »

Dans ce climat, l’arrivée d’un audit que l’on attendait et dont on savait qu’il révèlerait quelques anomalies est un pain béni sur lequel, naturellement, chacun se précipite avidement pour y trouver quelque munition à lancer dans son sens préféré.

Alors se développe une grande effervescence autour du magistrat en charge du département, qui se trouve fort malmené pour avoir déclaré qu’il avait demandé cet audit alors qu’il s’était contenté d’en approuver la demande, que l’on veut mettre en cause et qu’on met en doute.

On parle de « copinage » pour des anomalies paraissant bien réelles mais qui datent de plusieurs décennies pour certaines, dont toutes celles qui profitent économiquement à quelque personne sont antérieures à l’élection dudit magistrat, s’efforçant d’oublier cette antériorité.

 

Isabel Rochat, que la presse enterrait, au point de parler d’un « baroud d’honneur »

Mais ne trouve-t-on encore pas dans les locataires de biens de l’état un ancien conseiller d’état, lequel a par ailleurs été récemment relogé nonobstant une situation d’endettement persistant, alors qu’il « aurait dû être évacué ».

Combien de fiel encore aura-t-on envers cet ancien magistrat dont on n’aurait pas manqué de se gausser largement si une telle procédure avait existé, plus encore si elle avait abouti, et combien de haine manifestera-t-on au mépris de la plus simple humanité ?

 

Dans le collimateur tant de la gauche que de la presse (est-ce un pléonasme ?) et mis en cause pour un audit sur les pratiques de plus de quatre décennies, Mark Muller finira par démissionner pour préserver sa vie privée

Si, de notoriété publique, il se trouve démuni au point qu’il « ne paie son loyer que de manière sporadique », faut-il pour autant lui nier les droits les plus élémentaires comme le droit au logement ? Ou peut-être même celui d’exister ?

Si l’acharnement était exprimé à l’égard d’une personne fortunée ou du moins aisée qui profite d’un avantage en nature, l’insistance même acariâtre pourrait se comprendre mieux mais dans le cas particulier, en plus d’une impécuniosité mise en avant les montants des loyers ne sont pas manifestement anormaux ni contestés.

Non, ce qui sert de fondement à l’obstination, c’est qu’un nouveau bail ait été signé avec ce locataire insolvable, probablement surtout parce qu’il était nécessaire de recouvrer rapidement le logement qu’il occupait.

 

Conseiller d’état jusqu’en 1997 mais sans activité politique depuis, Philippe Joye sera pourtant l’objet de vives attaques, pris comme ballon pour marquer des buts

C’est qu’en période électorale on aimerait voir du sang, on perd toute mesure, toute compassion, on se prépare à contempler les jeux du cirque et à réclamer, sans vergogne aucune, la mort du vaincu, l’écartèlement du faible dont on fera bien jeter les morceaux aux chiens, pour voir encore le spectacle de la curée.

Ces actions, qui visent à discréditer ou affaiblir le concurrent, pourraient encore être faites de bonne guerre dans une forme pondérée et respectueuse, mais elles sont affligeantes et assez écœurantes dans leur démesure et leur total manque de sollicitude.

Au reste elles n’ont qu’un intérêt très relatif puisque l’affaiblissement, qui en ressortira peut-être, n’apporte aucune participation au futur ni aucun programme à la législature suivante : leur caractère destructeur ne cherche qu’à donner du champ aux autres partis.

Mais à gagner de la sorte, n’atteindra-t-on pas seulement la médiocrité ?

Texte écrit au printemps 2011.