Crédit : photo par Theresa Thompson – Licence CC

C’est ainsi qu’on pourrait volontiers présenter les choses : les votations ont, ce coup-ci en tout cas, perdu en audience. L’audimat n’était pas au top ni au rendez-vous ce week-end en Suisse. Au grand dam semble-t-il des journaux, dont les articles exposent un point de vue quasi universel : le flope des élections.

Oui, mais voilà. L’intérêt d’un vote, d’un ou plusieurs textes soumis au peuple afin qu’il donne son accord ou non, n’est pas à mesurer avec un audimat et n’a pas de « points » d’audience à marquer. A moins que les résultats ne soient mesurés en fonction de sa concurrence à l’émission truc ou au match machin-chose.

Il ne faut pas dramatiser. Pas tout de suite en tout cas.

Petit résumé pour nos amis hors Suisse, et nos concitoyens qui n’étaient pas là (du moins mentalement) : votation il y avait ce week-end, moins de 30% de participation il y a eu.

Oui, c’est bien maigre. Si les élections devaient être sponsorisées par une marque de lessive, la presse suisse et étrangère à raison, c’est un flop. Et de nous ressortir le fantôme du citoyen fainéant, qui n’a pas envie de donner son avis. De là à remettre en question notre système démocratique, tout le monde en a au moins abordé le sujet.

Et si le problème n’était pas à rechercher dans la rue, chez Monsieur et Madame Tout-le-Monde, mais plutôt dans la capacité de leur transmettre un message ?

Parce qu’en réalité, comme dans une équipe de foot ou dans un bureau, si l’on veut un minimum de motivation, il faut l’initier (sans jeu de mot). A quoi certains répondrons que de pouvoir donner son avis sur l’organisation de notre petite société devrait déjà être un motif pour bouger son séant. Belle image, mais aucune réalité.

Et s’il y avait une autre réponse … (crédit – wikimedia CC)

Car si pour certains moins de 30% de participation représente un désastre démocratique, il n’est en réalité qu’un résultat supplémentaire, la troisième réponse. Il y a le oui, le non, et le … « je ne sais pas » ou « je m’en fiche ».

Car il faut bien avouer qu’entre les sujets que personnes ne maitrise, (souvent pas mêmes nos chers élus – on le constate parfois lors de débats télévisés) et ceux pour lesquels la majorité n’est ni pour ni contre car elle ne se sent pas concernée, il manque toujours cette troisième réponse. Et aujourd’hui, en plus des abstentionnistes professionnels, il n’y a pas d’autre moyen d’exprimer ce choix que de ne rien dire.

La vrai question qu’il faudrait alors se poser n’est pas « ce système est-il vraiment démocratique », 28% décidant pour les 72% restant, mais plutôt « ce système est-il au point ou devrait-il être amélioré ». Que ce se passerait si les votes blancs étaient comptabilisés ? Intéressant. Il y aurait fort à parier que nous aurions une couleur très différente, quelque chose comme 20% de oui, 8% de non et 52% de « je ne sais pas ou ça m’est égal ». Et un taux de participation de 80% qui ferait mentir les adeptes du « vous êtes trop bêtes pour qu’on vous laisse choisir, il vous faut un gouvernement qui prend les décisions à votre place ». Eh bien non, ce n’est pas pour demain qu’on abandonnera ce pouvoir, même si un scrutin ne bat pas les chiffres du TJ.

Soyons fous, utopistes, et s’il y avait plus de trois réponses possibles ? Oui, la société elle-même est loin d’être binaire, alors pourquoi tout rapporter à 1 ou 0, oui ou non ? Ne faudrait-il pas qu’une fois, des initiant, un parti, ou le Conseil Fédéral, se prenne comme réponse un « on y comprend rien à votre histoire », « ni oui, ni non, de toute façon on perd dans les deux cas » ou encore « comment voulez-vous qu’on se prononce alors qu’on a aucune donnée solide ? ». Oui mais voilà, quel fiasco alors pour ceux-ci !!!

Ne serait-ce pas ce qu’on voudrait éviter à tout prix ? Le constat d’échec de ceux qui nous proposent des solutions dont on ne veux pas forcément ? Plus facile de mettre ça sur le dos de la paresse sociale, ou de la bêtise de la masse.

Ceci dit, certains furent étonnés du brouillon proposé, et qui mentionnait quelque chose comme « attention, lors de l’impression de ces informations, nous n’avions pas le texte définitif de la contre initiative ». Vous rectifierez volontiers les termes employés, peut importe, qu’il s’agisse de stricto sensu ou d’impression, de ressenti de l’électeur, le résultat a d’emblée été un doute sur le contenu du vote en question.

Aucun système démocratique n’est parfait, pas même le nôtre. Non, évidemment. Mais faut-il se contenter de ce qu’on a ? Ne faudrait-il pas, au moins une fois, demander l’avis de tous sur la bonne manière de le donner ?

Oui ou non. Finalement, imaginez la qualité d’un dialogue si nous nous exprimions ainsi dans la vie courante …

En attendant, si seulement 28% de la population avait envie de donner son avis, voilà qui relève aussi de la démocratie, de la liberté. Bien sûre, il sera difficile ensuite au pourcentage restant de s’opposer à ce choix. A moins qu’il ne lui était pas possible de choisir dans de bonne conditions.

« Bad officials are elected by good citizens who do not vote »- George Jean Nathan

Un critique littéraire du nom de George Jean Nathan a dit une fois « Les mauvais élus le sont par de bons citoyens qui ne votent pas ». Le danger est là. Mais faut-il voter juste pour le geste ? Et regretter par la suite des conséquences qu’on imaginait pas, avec un goût amer d’avoir donné un avis à la légère ? Si des résultats blancs prenaient la majorité, le coût d’un vote dans l’eau serait la première conséquence évoquée. Mais, finalement, quel en est-il d’une politique qui change de direction à chaque changement de gouvernance, qui défait ou refait ce qui l’a été précédemment ? N’est-ce pas le symptôme d’une population qui regrette son choix précédent ?

En abordant le sujet de la motivation, voilà qui dirigerait peut-être nos élus vers des solutions qui éviteraient de mécontenter tout le monde, dans le cas d’une acceptation ou d’un rejet.