Satyre des mœurs françaises mais aussi de toutes les luttes de pouvoir

Une des bandes dessinées d’Astérix décrit assez drôlement les élections des chefs de village et leur position de ballotage lorsqu’ils n’ont pas été départagés, parce qu’ils se lancent des ballots de paille.

Cette vision est assez burlesque mais pas moins cependant que le regard de la réalité lorsque mille arguments alimentent des contestations conduites par un clan contre l’autre.

C’est un aspect toujours désolant et dégradant de la course au pouvoir, que les anomalies existent et prévalent ou qu’elles restent inexistantes ou non significatives, car la confiance dans la validité démocratique et dans l’équité des appareils de consultation en sort lésée ou ruinée.

 

Gagner le terrain par la plus rapide annonce, une méthode de combat

D’autre part, ainsi que lors de calomnies, il reste inévitablement un relent de doutes voire de tricherie, une souillure de la légitimité des élus que d’aucuns ne manqueront pas d’exploiter de manière répétée.

Mais la compétition effrénée pour la première place a maintes fois déjà livré un spectacle qui va du vaudeville au plus mauvais mélodrame en passant par tous les aspects burlesques et parfois les marques les plus flagrantes de mauvaise foi.

 

Contester l’annonce arrogante, c’est défendre sa position mais aussi ouvrir un conflit

Aujourd’hui, après des rumeurs de fraudes pendant le scrutin, les champions en lice se sont tous deux déclarés vainqueurs avant que l’un s’incline, puis revienne pour mettre en cause le comptage après confrontation des chiffres.

Aucune de ces manœuvres n’est nouvelle : prendre l’adversaire de vitesse pour mettre en place ses partisans et consolider sa position est une stratégie qui n’a pas attendu la démocratie car ainsi se sont faites maintes révolutions de palais, et contester les résultats pour engager une guerre d’usure par les voies administratives avait réussi il n’y a que quelques années à un futur (à l’époque, maintenant ex) président du plus puissant pays moderne.

 

Le comptage rigoureux est lent, mais il garantit la correction du résultat

Les gesticulations assorties et accompagnantes sont dépendantes du contexte autant que des personnes, conjonctures ou conjectures adroites ou balourdes, persuasives ou dissuasives mais toutes orientées vers des jeux d’influence dans l’appareil institutionnel ou sur ledit appareil.

Ainsi la déclaration prématurée de sa propre victoire « large » par Jean-François Copé est bien manifestement un forçage permettant une prise de pouvoir ; plus réservé, François Fillon proclamait peu après, mais avant que le dépouillement soit achevé, une courte réussite pour ne pas se laisser prendre de court.

 

L’éviction pure et simple de régions, de départements ou de bureaux ne peut qu’être regardé comme une fraude

Cependant des chiffres publiés postérieurement, il ressort bien un résultat serré dans tous les cas tandis que les interprétations divergent avec une confusion certaine des travers avancés comme justification : de la fraude évoquée dans une région continentale pendant le scrutin, il n’est plus question mais l’éviction de trois régions transocéaniques est citée par François Fillon alors que Jean-François Copé évoque des urnes bourrées en Nouvelle-Calédonie.

 

Le Cocoe sous la direction de son président a également été surpris d’apprendre que son constat n’avait pas compris tous les suffrages, mais il n’a pas compétence pour corriger.

L’appel à Alain Juppé prié dans un premier temps d’assurer la présidence pendant la résolution du conflit n’était pas sans malice car s’il dispose d’une considération certaine auprès des partisans de l’UMP, il n’est pas actuellement papable pour les présidentielles de 2017. Pourtant des commentaires craignant une prise de pouvoir du parti par Alain Juppé n’ont pas manqué.

 

Un schisme est la grande peur des militants, il laisserait une opposition démembrée

Parallèlement viennent aussi les manifestations opportunistes qui tendent à prendre de la place sinon à prendre la place : Jean-Louis Borloo ne manque pas de souligner le bon ordre de l’UDI (Union des  Démocrates Indépendants) qui vise le leadership de l’opposition !

Entre temps, le Cocoe, organe de contrôle, constate que la prise en compte de tous les votes « inverserait vraisemblablement les résultats par une vingtaine de voix » mais n’est plus compétent pour revenir sur sa première déclaration accordant l’élection à Jean-François Copé par une avance de 98 voix. Opération réussie !

 

Pour le chef d’une petite formation, l’opportunité n’est pas inintéressante de former une nouvelle fédération sur les cendres de l’UMP

Toutes les voies se prennent pour atteindre le pouvoir convoité et les manœuvres politiques en font la démonstration bien souvent, partout dans le monde.

Avec des institutions démocratiques moins bien ancrées, on a vu naître de véritables guerres civiles pour soutenir le déni d’un scrutin demandant le changement tandis que nos nations dont la culture démocratique est bien assise et l’état de droit bien structuré, des confrontations douteuses précèdent parfois des situations grotesques.

Il y a maintenant deux siècles fut écrite la comédie humaine… Dont la lecture peut se refaire à chaque génération, avec tout juste une nouvelle peinture de surface !