selon les informations, le corps était appuyé contre le mur.

Suicide sur la Treille : il venait d’être évacué !

Lundi vingt-neuf novembre 2010 au matin, sous l’édifice du pouvoir genevois, au pied de la tour Baudet, « les forces de l’ordre et les secours » ont découvert la dépouille d’un homme.

Bien que les résultats de l’autopsie n’aient pas été rendus publics, alors que la cause du décès n’était pas encore déclarée, il fut déjà publié que selon toute vraisemblance « il a choisi de mourir sous les fenêtres du conseil d’état ».

 

Le jour précédent, le défunt avait été évacué de son appartement.

C’est que l’indication est sortie que le défunt commentait sa détermination par l’écriture d’un pli qu’il portait sur lui.

De source officielle donc, il était question d’un conflit ouvert depuis les années 80 impliquant l’université, puis le gouvernement ou son représentant.

 

Même petit, incommode ou délabré, le logement reste un refuge vital.

Le cœur du litige aurait été une thèse portant sur un sujet politique sensible dont la soutenance a été renvoyée puis couronnée, après dix-huit mois, d’une fin de non-recevoir.

Une longue et difficile bataille s’en est suivie, qu’il a soutenue péniblement en survivant de petits boulots.

Après quatorze années, une décision reconnut enfin que « une injustice » a été commise et il soutint son manuscrit, obtenant d’excellentes notes et son doctorat.

 

L’institution avait marqué son effroi devant des conclusions qui n’étaient pas dans l’air du temps.

Mais le dommage était grand car il devrait alors commencer sa carrière à… quarante-huit ans et expliquer à de futurs employeurs le motif de ce long délai.

Aussi poursuivit-il la lutte pour obtenir une indemnisation, mais il rencontra surtout l’inertie du silence, tandis que ceux-là même qui reconnurent qu’une injustice avait été commise déclarèrent qu’il n’avait été admis à soutenir sa thèse qu’essentiellement pour raison humanitaire.

En n'étant pas admis à soutenir sa thèse, il avait été réduit au silence.
Ainsi, les autorités estimeront avoir fait leur travail tandis qu’il se refusera à mendier de l’aide, puisqu’il ressentait un droit et une valeur de son bagage, tandis que sa situation se dégradait gravement et constamment.

Mais l’apothéose, si cet usage convient au mot, le point culminant pour être plus juste et le déclenchement du drame, ce sera l’exécution (le mot n’est que trop juste) de son évacuation, la perte de son logement.

 

Après quatorze années, il était bien tard pour les invitations !

Achèvement d’une longue descente, cette dépossession du refuge sera son entrée au tombeau, sa précipitation sur le catafalque.

Nul doute que cette frustration de son ultime gite, tanière de son identité meurtrie, exhorta son martyr et en réveilla tout le parcours, toutes les souffrances intolérables et désormais simultanées !

Alors ne supportant plus ses blessures et se tordant de torture, mais aussi débordant de rage dans son impuissance, il aura résolu d’achever de subir et de quitter son calvaire.

 

Après la défense de sa thèse, il reçut beaucoup d’éloges.

Mais pourquoi fallait-il achever ainsi cet être affaibli, pourquoi frapper encore ce polytraumatisé de la vie en l’arrachant de son nid, en le frustrant de tout abri ?

Pourquoi, dans une république « civilisée » que les statistiques placent très haut sur l’échelle de la richesse et du niveau de vie, continue-t-on à évacuer du domicile sans reloger convenablement et pour le moins décemment ?

 

La coiffe et le diplôme furent une gloire bien amère !

Comment ne comprend-on pas que le lieu ultime où chacun peut se retrouver encore soi-même, se reposer et se régénérer un peu dans un confort minimum et une intimité strictement privée est un minimum vital essentiel ?

Une telle action, qui prive l’individu de son antre, est une négation voire une destruction de son identité dans ce qu’elle a de plus profond, et revient à refuser à l’humain social ce que l’animal trouve toujours dans la nature.

 

Au sommet de cette promenade calme et ombragée sera noué le drame.

Il faut donc bien conclure que la prévalence pécuniaire de notre organisation sociale donne ici au propriétaire immobilier, avec le concours de la force publique, un réel droit de mort non sur le corps de l’individu, mais sur son âme !

Sinistre action dont l’huissier judiciaire est l’exécutant qui ne peut en rester inconscient et dont toute la chaîne du pouvoir veut si bien se décharger à qui mieux mieux sur le suivant.

République ou naquit la Croix-Rouge, ta fierté est bien vaine !