Explorateur polaire, Fridtjof Nansen arbore fièrement ses moustaches de viking

Né dans le temps où la France vivait le second empire, le dix octobre 1861, cet homme à l’allure et aux moustaches de viking avait un vrai profil de héro de son temps.

Skieur et patineur émérite, il gagnera le record de vitesse du mile sur glace puis, douze fois, le championnat de Norvège de ski de fond.

D’autre part, il dirige une première traversée intérieure du Groenland en 1888 et réalise une exploration au pôle nord, au cours de laquelle un record de latitude lui assure une grande renommée, entre 1893 et 1896.

Pour démontrer la dérive naturelle de la calotte glaciaire, il laissera prendre dans la glace le navire « Fram » au large de la Sibérie en septembre 1893, pour le retrouver au nord de la Norvège en septembre 1896.

 

L’expédition polaire de Fridtjof Nansen atteindra un record de latitude nord

Innovateur dans la locomotion, dans les équipements et dans l’habillement adaptés aux conditions polaires, il influencera largement les expéditions suivantes.

Formé en zoologie à l’université de Christiania, dans sa Norvège natale, il acquerra par ses travaux sur les systèmes nerveux des animaux marins un doctorat.

Orienté dès lors vers l’océanographie, il engage plusieurs expéditions scientifiques, principalement dans l’océan Atlantique nord, et apporte une contribution importante au développement des matériels océanographiques modernes.

 

Le « Fram » sera emprisonné par la calotte polaire au nord de la Sibérie et dérivera avec elle jusqu’au nord de la Norvège en trois ans

Prenant position pour la fin de l’union de la Norvège et de la Suède au début du vingtième siècle, il participe à convaincre le prince Charles de Danemark à occuper le trône du pays nouvellement créé, sous le nom de Haakon VII de Norvège.

Entre 1906 et 1908, il représente son pays à Londres pour négocier le traité garant de l’intégrité et de l’indépendance de la nation.

 

Conservateur du musée de Bergen, il poursuivra des travaux importants sur les systèmes nerveux des animaux marins

Puis il vouera largement son énergie à la Société des Nations et sera, dès 1921, le premier Haut-Commissaire aux Réfugiés ; il recevra le prix Nobel de la Paix en 1922 pour son action en faveur des victimes déplacées de la première guerre mondiale et des conflits liés.

Parmi d’autres initiatives, il créera le « Passeport Nansen », pièce de légitimation des apatrides reconnue par plus de cinquante pays, qui leur permettra de s’identifier et de voyager.

 

Carte dépliante, le passeport Nansen permettra de gérer la population apatride

Ses engagements pour les réfugiés amèneront la création de l’Office International Nansen pour les réfugiés, organe de la SDN qui survivra à son auteur éponyme et recevra le prix Nobel de la paix en 1938.

 

Grâce à cette pièce d’identité, les apatrides retrouvent une possibilité de voyager comme de se valider

L’Office aura cependant le sort de la Société des Nations mais le Haut-Commissariat aux Réfugiés, qui perdure en qualité d’institution de l’Organisation des Nations Unies, arbore toujours le nom illustre de Nansen dans une distinction qui, chaque année, rend hommage à l’imagination et à l’action en faveur des réfugiés.

La première lauréate fut, en 1954, Eleanor Roosevelt, épouse du défunt président des Etats-Unis, défenderesse énergique de la déclaration universelle des droits de l’homme et première présidente de la commission des droits de l’homme des nations unies.

 

Le premier Haut-Commissaire aux réfugiés décèdera brusquement en 1930

Des personnalités et des organismes suivront pour des actions précises ou pour l’ensemble de leurs actions, sur le terrain ou à travers les institutions.

En 2010, la distinction sera attribuée à Alexandra Fazzina, journaliste-photographe dont le travail a mis en lumière avec vivacité et sensibilité la réalité des personnes déplacées et meurtries par la guerre, par les catastrophes et par les bouleversements sociaux.

L’année dernière, elle fut décernée à l’ONG yéménite SHS, société pour la solidarité humanitaire, qui déploie son activité afin de venir en aide aux victimes de l’exode désespéré de la corne de l’Afrique, largués sur la côte du Yémen après avoir traversé, dans des conditions précaires, souvent insalubres et traumatisantes, la mer rouge et le golfe d’Aden.

 

Alexandra Fazzina, photographe-journaliste

C’est à une sexagénaire somalienne que cet honneur est accordé cette année, pour la fondation et la direction du Centre d’éducation pour la paix et le développement de Galkayo (GECPD), qui ne se contente pas de porter secours et de nourrir les plus démunis.

Le programme de formation leur permet d’acquérir les capacités de métiers, grâce auxquels ils accèdent à une réelle autonomie économique voire à une sécurité, tout au moins à une meilleure tranquillité.

Hawa Aden Mohamed a épousé depuis plusieurs décennies la cause des femmes de son pays : dans les années quatre-vingts, elle en est chargée au ministère de l’éducation ; très active, elle fonde plusieurs organisations non gouvernementales en faveur du développement économique et de l’éducation des femmes somaliennes.

 

La guerre en Somalie fit de Hawa Aden Mohamed une réfugiée au Canada, mais elle refusa de rester dans ce refuge

Confrontée à la montée de la guerre, elle s’exile au Canada en 1991 mais décide de revenir en 1995, pour reprendre sa lutte en faveur des femmes, d’abord dans le sud du pays où la guerre des clans la contraint à partir.

Prenant alors ses racines à Galkayo, elle y fonde le GECPD en 1999 et ouvre progressivement douze écoles primaires et secondaires pour les filles, ainsi qu’une pour les garçons. Ses efforts amènent une scolarisation de plus de quarante pour cent des filles de la région, contre moins d’une sur quatre dans le reste du pays.

 

Déchiré par la guerre et frappé par la sécheresse, le peuple somalien connait une insupportable misère

Son orientation est marquée avant tout par l’éducation. « Pour moi, être dépourvu d’instruction, c’est comme être malade », affirme-t-elle ; sans éducation, la conscience de beaucoup de choses manque et « Sans éducation, on n’existe pas véritablement… Sur le plan physique oui ; mais d’un point de vue mental et émotionnel, non. ».

Conséquence logique de la prise de conscience, elle s’élève aussi fortement contre les mutilations et les agressions, prodigue et organise des conseils et de l’assistance aux femmes qui en sont victimes.

 

Après avoir dû renoncer à s’installer plus au sud, Hawa Aden Mohamed a porté son choix sur Galkayo

Angelina Jolie, Émissaire spéciale du HCR, a salué en ces termes la lauréate 2012 : « Hawa Aden Mohamed est une femme courageuse. Elle a consacré sa vie aux progrès de l’éducation et du bien-être des Somaliennes déplacées, mettant à leur disposition les compétences, les connaissances et l’entendement dont elles ont besoin pour ménager un avenir meilleur tant à leur famille qu’à leur pays. Elle-même ex-réfugiée, Maman Hawa fait une démonstration brillante de l’énergie que les réfugiés insufflent à la société. »

Le prix de cent mille dollars qui accompagne la distinction aura manifestement une grande utilité, pour celle qui accueille cet honneur avec une humilité certaine : «Je considère toutefois, a-t-elle déclaré, que cette décision n’a pas été inspirée par mes seuls efforts, mais aussi par ceux de tous mes collègues du Centre de Galkayo, comme par ceux de la communauté internationale qui soutient notre action et ceux de notre communauté locale en général. C’est pourquoi, à mon tour, je leur rends hommage à tous. »