Le bas du quartier débouche sur les quais de la gare Cornavin.

Construit dans le développement et la proximité de la gare Cornavin, laquelle fut longtemps la seule halte des chemins de fer à Genève, ce quartier aux rues étroites recelait de nombreuses activités commerciales ou artisanales favorisées par l’accès ferroviaire, et des logements destinés en premier lieu aux gens occupés par ces activités.

 

Le bas de la rue des Grottes est facilement accessible : un boulanger pâtissier et un boucher charcutier, à l’angle un magasin de vaisselle : tous ont une clientèle de professionnels.

Sur la place de Montbrillant et à sa proximité fleurissaient également des hôtels, construits surtout au XIXème siècle et qui ont été détruits maintenant, mais dont beaucoup ont subsistés jusque dans les années septante (soixante-dix). Seul reste aujourd’hui l’hôtel Montbrillant, plus récent et surtout mieux entretenu, agrandi et constamment rénové.

 

La place des Grottes est fermée à la circulation; elle accueille un marché du bio, avec un stand de dégustation de vins, un jour par semaine.

Menuisier, miroitier et ferronnier se côtoyaient dans ce périmètre où naquirent également des entreprises dont la renommée est liée étroitement à notre ville et à notre canton.

Ces immeubles de construction ancienne et parfois sommaire n’avaient pas un équipement technique ou sanitaire très évolué : ils étaient dépourvus d’ascenseur comme de chauffage central, leur aménagement sanitaire n’était souvent que peu présent.

 

A côté des immeubles rénovés, certains sont bien délabrés.

Aussi divers projets d’urbanisme ont existé pour cette zone et se sont succédés sans se ressembler ; le premier date, sauf erreur, de mil neuf cent dix-neuf mais aucune réelle mise en chantier n’apparaitra avant mil neuf cent soixante-neuf.

Pendant ce demi-siècle, la ville s’efforcera d’acquérir un grand nombre de biens-fonds dans ce secteur, souvent à l’occasion de successions et parfois en bénéficiant d’une sorte d’abandon des propriétaires, lassés d’un bien difficile à gérer.

 

Strictement piétonne, la place est cependant autorisée aux vélos; quelques motos y stationnent aussi.

Les imaginations successives du devenir de ce territoire urbain passaient par la démolition de la totalité ou de la plupart des immeubles, et des visions futuristes à voies d’accès larges ont succédé à des concepts presque industriels et précédé des planifications plus tranquilles et plus échelonnées.

Une autre partie de la rive droite a, dans la même période, alimenté les plans et les conversations quant à sa reconstruction : l’ensemble du Seujet, plus ancien encore mais comprenant alors plus d’ateliers et moins d’habitations, dont les structures de construction étaient souvent plus vétustes encore et qui devint latent pour un grand projet lorsque les brasseries de Saint-Jean furent abandonnées par Feldschlosschen.

 

Moins habituel, le revers du panneau indique la fin de la zone piétonne.

Ce faubourg en bordure du Rhône était cependant beaucoup plus dégradé et n’offrait aucun intérêt architectural déterminant. Aussi finit-il rasé pour laisser place à la construction de l’ensemble immobilier qui remplit aujourd’hui l’espace entre le quai du Seujet et la rue de Saint-Jean, fait principalement d’habitations dont certaines bénéficient d’un regard sur le Rhône et le lac.

 

Sur la place, les arcades louées à des entreprises n’en abritent que les bureaux.

Au cours des années cinquante et soixante, de nombreux appartements des immeubles des Grottes restèrent vides après que leurs derniers locataires furent partis, parce que les propriétaires, municipalité en tête, entendaient évincer toute obligation pour effectuer postérieurement, lorsque tous les habitants seraient partis, les travaux à leur convenance.

 

L’aménagement du carrefour avec dos d’âne et pavés.

En ce temps-là sévissait une sérieuse crise du logement (déjà) et de nombreux candidats à la location restaient durablement insatisfaits, souvent parce que leurs moyens ne permettaient pas d’accéder aux appartements neufs trop onéreux : la principale carence est toujours l’habitat à prix abordable aux bourses modestes.

 

Le service des espaces verts soigne les alentours des bâtiments.

Alors survinrent des mouvements d’occupation des résidences vides, lesquelles souvent nécessitaient des aménagements (installation d’une douche ou d’un chauffage par exemple) que les nouveaux habitants prenaient à leur charge, mais offraient cependant des bonnes conditions de sécurité et de salubrité.

 

Est-ce l’esprit contestataire des lieux : les graffitis fleurissent !

Ces premiers « squatters » à Genève intervinrent au début surtout dans le périmètre des Grottes, où le nombre de locaux vides était important ; ils se profilaient dans une démarche citoyenne et s’efforçaient à verser, à disposition des propriétaires, des redevances mensuelles en rapport avec les locations de domiciles comparables.

 

Des jardins sont aménagés entre les bâtiments.

Ceux qui, par la suite, s’engagerons dans cette voie des « squats » n’auront pas tous les mêmes motivations ni les mêmes conditions, et ne montreront pas tous les mêmes soucis de contrepartie.

Mais c’est à ce premier mouvement de contestation et de reprise de possession des lieux délaissés pour répondre à des besoins véritables, que s’ancrera l’appui populaire et politique dont bénéficie toute la mouvance aujourd’hui encore.

 

D’un côté, l’immeuble désuet a été remplacé par une nouvelle construction et de l’autre, l’édifice est encore à rénover.

Quant aux propriétaires, ils préférèrent souvent louer les emplacements vides à des entreprises au moyen de baux précaires, c’est-à-dire que les locataires s’engageaient par contrat à libérer les lieux dans un délai court au moment de la mise en chantier, mais pouvaient les mettre à disposition de leur personnel jusque-là.

 

Certaines parties sont encore dans un réel état de vétusté.

La défense de ces premiers occupants nantis d’une attitude de légitimité fut une avenue sur laquelle les socialistes et les adeptes du parti du travail s’engagèrent vivement (c’était toute la gauche à l’époque), endossant au passage la détermination au maintien des immeubles présentant assez d’éléments de salubrité et de sécurité.

 

Quelques particularités architecturales ne sont pas sans intérêt.

Comme déjà l’éveil s’était fait de l’intérêt architectural et patrimonial de certains bâtiments, la préservation devint rapidement une tendance dominante et un examen de l’état de chaque édifice fut rapidement exigé par la commission des monuments et des sites avant l’acceptation de toute autorisation.

 

Dans un angle, ce graffiti haut en couleurs.

Lorsque commença la réhabilitation du domaine, il fallut donc de cas en cas reloger les occupants ou libérer les immeubles par d’autres moyens ; ceux dont l’investissement était devenu consensuels ont généralement pu bénéficier d’un nouvel habitat tandis que d’autres, dont l’attitude n’était faite que de confrontation, ont été évacués par les forces de l’ordre : certains mouvements de soutien ou de protection ne furent pas sans violence.

 

Étroites, les rues sont aménagées pour les seuls piétons.

Si tout n’est pas encore rénové, la grande majorité du patelin est maintenant restaurée ou reconstruite et, fait notoire, une grande partie des bâtisses a pu être sauvée.

A travers les engagements, les prises de position, les manifestations, les réunions et les concertations liées à ces actions, les empathies se sont révélées, rapprochées et déclarées pour modeler et constituer comme un esprit de village, ilot dans la ville qui prend et garde une marginalité, une singularité d’apparence, d’ambiance et de conduite.

 

La règle : rares sont les voies à double sens.

Positionné entre le socialisme, l’écologie et l’esprit baba cool, assez zen et insouciant mais manifestement opposé à la circulation voire à l’automobile, à la recherche constante d’une convivialité mais cependant quelque peu fermé sur lui-même, hermétique ou presque à ce qui vient de l’extérieur, cet esprit semble évoluer dans une illusion d’autarcie en ne regardant résolument qu’à l’intérieur de son propre périmètre.

 

Au gré des réhabilitations, des espaces larges ont été ménagés.

Comme dans chaque atoll de vie, le regard éternellement centripète et l’absence de critique introspective envers ce milieu privilégié produisent un décalage croissant des réalités, voire la tendance à vouloir reproduire des éléments hors et indépendamment de leur contexte vital.

Ainsi cet espace s’est-il décrit progressivement et résolument comme résidentiel et piétonnier, restrictivement ouvert à une circulation rendue complexe et malaisée par la fermeture de certains lieux, de certains accès et par l’habitude des usagers d’obstruer fréquemment une partie des voies, dans un consensus qui parait général.

 

La maison verte, centre d’animation et maison de quartier.

La complète fermeture de la place des Grottes, devenue espace libre de détente et de marché, s’est faite dans la conformité du désir de l’association des habitants mais pourtant contre l’avis des commerçants, lesquels se sont repliés devant les volontés farouches exprimées par les uns et les autres.

S’ensuit une interdiction dudit espace à tout accès motorisé (quoique les motos ne se privent pas d’y caracoler comme les vélos s’arrogent les trottoirs), qui conditionne restrictivement les développements potentiels d’activité des arcades adjacentes.

 

Certaines parties sont encore dans un réel état de vétusté.rott

Si deux commerçants vivriers conduisent leurs activités avec un dynamisme fructueux, c’est que leur positionnement en dessous de la place laisse une certaine liberté de passage pour les approvisionnements comme pour la prise de marchandise par leurs clients. L’un et l’autre ont une clientèle extérieure au quartier, notamment de restaurateurs.

La place des Gottes depuis le côté : elle est fermée par une borne rétractable qui permet l'accès aux maraichers.Au-dessus de la place où le passage motorisé est possible, il faut apprendre le labyrinthe car toute erreur vous fait sortir complètement des Grottes et le manque de place, lorsque tous les espaces de parcage sont occupés, aura le même résultat vous empêchant de charger telle marchandise que vous veniez chercher.

 

Partant de la place des Grottes, la rue de la Cordelière n’est encore pas réhabilitée.

Aussi lorsque les autochtones se rebiffent, parce que nombre d’arcades sont utilisées à l’administration d’une entreprise ou à des activités nécessitant l’obscurcissement des vitrines, lorsqu’ils se plaignent du manque de convivialité et d’animation des exercices qui s’installent dans ces magasins, lorsqu’enfin ils revendiquent un commerce de proximité, ils ont besoin de faire un peu leur examen de conscience.

Car l’organisation sur la place d’un marché à l’orientation biologique et locale est certainement une initiative intéressante génératrice de convivialité, d’autant que la plus grande surface semble réservée à la dégustation de vins et de boissons, mais la vie de tout commerce dépend de la réalité du chiffre d’affaire et ce dernier est lié à la quantité de clientèle qui vient et dépense.

 

Le charme local est presque bucolique.

Or l’enfermement d’une fraction de la ville, son repli dans la vie très locale et l’obstruction au trafic ne sont pas des éléments de développement des ventes et des mouvements, moins encore les conditions attractives pour l’installation d’un nouveau négoce fut-il de proximité car la clientèle locale n’est pas captive : elle ne s’empêchera pas d’acquérir plus loin ce qu’elle y trouvera meilleur marché ou mieux à sa convenance.

La seule réelle chance de développement d’un magasin de proximité est actuellement déterminée par des niches, telle que l’ouverture en dehors des horaires ordinaires, pour les exploitations familiales, ou le choix d’un assortiment spécifique qui manque à l’étal des concurrents.

 

La verdure est abondante autour des constructions.

Mais l’une ou l’autre de ces niches nécessite l’attirance d’une clientèle distante et donc une facilité d’accès pour ces chalands, en plus d’une large ouverture d’accès à l’approvisionnement puisque constamment il faudra remplacer la marchandise vendue.

Rien d’étonnant donc s’il faut aller chercher à la rue Louis-Favre de tels commerces qui manquent au sein du village, puisque cette rue est accessible aisément par les véhicules automobiles ou non et ouvert à un axe de transit important.

C’est bien la cohérence d’un choix qui engendre donc cette forme de léthargie commerciale dont les habitants des Grottes font grief à la ville et c’est sur leur orientation, voire sur la capacité de leurs décisions à atteindre leurs objectifs, que les indigènes du village devront maintenant s’interroger.