Le tablier de la passerelle est déjà détruit alors que le pont n’est pas encore accessible à la circulation automobile.

Construite en 1951 par l’armée, qui avait besoin d’une voie directe entre l’arsenal situé sur la rive droite de l’Arve et la caserne sur la rive gauche, la passerelle des Vernets est depuis peu en démolition.

Réalisation provisoire, elle aura duré soixante et un ans, subi de nombreuses réfections et donné parfois bien des inquiétudes quant à sa sécurité, notamment au gré des crues de l’Arve.

 

Vue du bord de l’Arve, elle avait presque un caractère bucolique.

Depuis sa réalisation, elle restait décalée de la rue de l’Ecole-de-Médecine afin de laisser la place à la construction d’un pont qui, projeté de nombreuses fois par les autorités compétentes, ne verra pas le jour sous leurs auspices.

C’est un mécène voisin qui offre en effet à la ville et à sa population le pont Hans-Wilsdorf, du nom du créateur de l’entreprise d’horlogerie Rolex et de la fondation éponyme qui en est actuellement le principal propriétaire.

Ainsi s’ouvre une voie de circulation pour décharger les ponts des Acacias et de Saint-Georges,

Construction du tablier.

quotidiennement embouteillés pendant une grande partie de la journée au grand dam des riverains, qui subissent les nuisances olfactives, poussiéreuses et sonores d’une densité de moteurs au ralenti.

Cependant l’autorité municipale à la reconnaissance bien pingre manifeste son désaccord à la classification de voie à grande circulation décidée par le canton pour la rue de l’Ecole-de-Médecine et à son trafic en double sens.

 

Vue du bord de l’Arve : un vrai tressage.

Elle rêve en effet, c’est dans l’air du temps, de faire de cette voie une rue résidentielle avec un seul sens de passage automobile et, dans son impatience, elle a déjà anticipé, par un élargissement des trottoirs propre à l’installation de grandes terrasses dont on peut se demander quel usage pourra bien faire l’arsenal, qui occupe une grande partie de place.

 

Aucune autre ouverture n’est possible pour le flux.

Quelle incohérence vraiment, que d’accepter et de laisser construire un pont enfin digne de l’endroit avec l’intention déclarée d’en exclure les accès, de le réserver aux piétons et aux cyclistes.

C’est assez la vision de notre édile très à gauche dont l’innovation penche vers les installations de tracteurs à vélos, mais c’est aussi oublier les besoins réels d’une localité vivante !

La réalisation de quartiers résidentiels, dans lesquels la circulation n’est possible que lentement (30 rue résidentielle, 20 rue piétonne) ou restrictivement (accès réservé aux habitants avec système de fermeture), doit se compléter par des passages de circulation dense plus rapides et plus efficaces, qui assurent la nécessaire desserte quotidienne.

 

Vue depuis le pont des Acacias.

Distribués en suffisance pour irriguer l’ensemble urbain, ces canaux sont indispensables afin d’éviter une asphyxie des activités qui réduirait en cité-dortoir chacun des ilots trop fermés, en rendant par ailleurs très difficile la vie des personnes à mobilité réduite.

Car notre société ne comprend pas que des jeunes sportifs en parfaite santé, mais aussi et de plus en plus des gens plus mûrs ou moins privilégiés dans leur capacité physique, dont le besoin croît d’une assistance matérielle que souvent l’automobile peut assurer fructueusement.

 

Le développement des transports publics ne peut pas exclure le transport privé.

Si l’actualité est à la promotion des transports en commun, oublier ou négliger les empêchements que sont les diminutions physiques, subies par une quantité non négligeable d’électeurs n’est pas une vision d’avenir, et restreindre à l’usage des seuls piétons et cyclistes l’entièreté d’une zone urbaine n’est pas un projet constructif ni une manifestation de tolérance.

Le résultat à terme ne peut être que de stériliser certaines régions en les privant des moyens nécessaires aux mouvements professionnels ; les récriminations des habitants de la réserve des Grottes en sont la démonstration.

Quant à l’anticipation nécessaire à une bonne gouvernance, elle n’est ni sans arrogance, ni sans bêtise lorsqu’elle consiste à élargir des trottoirs à un endroit où leur utilisation n’est pas possible dans l’espoir de forcer la main ou à asseoir une détermination personnelle dans une concrétisation prématurée : les contribuables en feront les frais.

Car la circulation en double sens nécessite une certaine largeur qu’il faudra bien restituer, à moins de ne sombrer dans le ridicule de créer des voies à double sens avec croisements limités ?!

Sauf, évidemment, si l’objectif est de faire de Genève une ville morte !