Il y a toujours une profession perdante !

Une récente jurisprudence du tribunal de Cologne a ouvert un champ de réflexion, dont la dimension peut s’étendre et qui soulève le voile qui couvre bien des pratiques religieuses et traditionnelles, dont l’ancienneté n’évince pas le caractère tribal.

Certains aspects de décoration tribale ressurgissent fortement dans les tatouages comme dans les piercings, indépendamment cependant des résurgences proprement identitaires de nationalismes étroits et plus ou moins fermés.

 

Dessin tribal

Sans faire référence à l’exclusivité tribale qui frappe d’ostracisme tout individu extérieur cependant, les groupes sociaux s’identifient et se reconnaissent par de nombreuses manifestations extérieures de gestes, d’attitudes, de vêtements ou d’apprêtements.

Ainsi par exemple verra-t-on les fans de telle musique se manifester par telle position des doigts tandis que, sortant de tel endroit ou de tel milieu, le langage s’émaillera d’une série définie de mots explétifs ou d’interpellations.

 

Dessub par scarification

Dessin par scarification

Si le besoin d’identification et d’appartenance, l’affirmation de l’individu sont une partie spontanée variable par le contexte géographique, sportif, musical, générationnel, dans une réunion grégaire où chacun prend par tâtonnements, jusqu’à définir sa propre extériorisation et sa position dans le groupe, voire dans la hiérarchie, des racines traditionnelles ou religieuses occupent aussi souvent une forte place.

 

Élongation du cou par des séries d’anneaux

L’usage dans certaines ethnies de marquer le nouveau-né par des scarifications de la face sert à déterminer son extraction, à imposer un respect à ses congénères par ces empreintes bien visibles.

Plus marquées, réalisées par des actions plus durables, potentiellement plus dommageables aussi certaines déformations provoquées produisent des artifices prononcés : le cou prolongé des femmes girafes est une élongation induite par l’ajout successif d’anneaux superposés mais privée de ses anneaux, l’intéressée ne sait plus tenir sa tête.

 

 

Plateau incis

Les plateaux introduits dans la chair incitent une excroissance, comme un organe mobile supplémentaire à la base de la bouche, dont le contrôle reste aléatoire.

Spécification d’appartenance au peuple élu, l’incision du prépuce du garçon juif est explicitement le moyen de reconnaissance du dieu. Cette stigmatisation du mâle est significative puisque la religion hébraïque est héritée (ou transmise) par la femme, tandis que l’homme ne la transmet pas.

 

Les conditions d’hygiène et de soins sont importantes

L’islam, né également dans une population sémitique, reprend cette signature, pratiquée cependant plus tardivement sur l’enfant.

Dans l’inquiétude prononcée de la pureté des lignées, certaines pratiques islamistes excisent les filles, c’est-à-dire pratiquent l’ablation complète du clitoris pour éliminer la tentation d’adultère, en frustrant la femme des sensations excitées hors du vagin. L’action réduit l’épouse à sa seule fonction de reproduction.

 

Scène de circoncision egyptienne

Or donc la jurisprudence allemande développe son fondement en regardant l’ablation du prépuce comme une mutilation imposée à l’enfant par la pratique religieuse de ses parents, à un âge où sa libre détermination ne peut être présumée. Or cette pratique chirurgicale, dont les risques ne sont pas inexistants, est irréversible dans sa nature comme dans ses conséquences.

 

Petite chirurgie soignée

Naturellement, les instances religieuses concernées se récrient et montent aux créneaux pour défendre une tradition regardée comme fondamentale et indispensable, ressentie comme une valorisation essentielle obligatoire.

D’emblée s’opposent les défenseurs, qui réfutent complètement l’expression mutilation pour leur état-d’être vécu depuis l’enfance et les défenseurs de l’état originel, pour lesquels une action chirurgicale non justifiée par un besoin médical est une agression inutile, voire barbare.

Dans cette controverse, le rappel de certaines réalités n’est pas inutile :

  • Certains arguments sont faux : seulement avec préservatif !

    quelle que soit la cause, tout geste chirurgical est une agression du corps et comprend des risques opératoires et d’autres liés à l’anesthésie ;

  • la croyance longtemps répandue d’une minorisation de la douleur chez l’enfant a été définitivement contredite, la sensation douloureuse est au contraire supérieure à ce qu’elle est chez l’adulte ;
  • nonobstant l’aspect festif et cérémonial qui peut réjouir l’enfant, l’impact émotionnel peut être ressenti comme une perte, voire parfois une « castration » ;
  • aucun retour n’est possible et le stigmate s’impose encore si la foi est modifiée, c’est donc un assujettissement contre la liberté de l’enfant ;
  • il est évident que, si toute incision du corps non justifiée et volontaire peut être considérée comme une mutilation, puisqu’elle transforme l’état originel, chaque lésion doit être regardée dans sa dimension et dans ses conséquences.

 

Excision du clitoris

L’implication religieuse de l’enfant est un problème psychologique, pédagogique et philosophique parce que les notions lui sont imposées, tant pour l’aspect anecdotique de l’histoire que pour le recueillement et le mysticisme : l’enfant est conditionné avant d’avoir quelque esprit critique que ce soit.

Un respect de la liberté de l’enfant imposerait d’enseigner les religions sans imposer une foi afin que, lorsque son auto-détermination sera fondée, il puisse opter librement selon ses propres émotions et dans le sens des convictions qu’il se construira.

 

Matériel servant à l’excision !

Ce respect de l’intégrité de l’enfant n’a pas moins d’importance en regard de son intégrité physique et pourrait justifier pertinemment une pénalisation de toute mutilation fondée sur les motifs religieux jusqu’à la majorité, puisque c’est à ce moment qu’il acquiert la capacité de décider lui-même d’une intervention chirurgicale.

Néanmoins les conséquences de cette approche seront logiquement difficiles car une vérification systématique des motifs médicaux indiquant ou imposant la circoncision (phimosis) s’imposera, la tentation ne manquera pas de pratiquer selon les vœux des parents au moyen d’un diagnostic non fondé.

 

Pour les majeurs seulement ?

D’autre part, le risque de favoriser le développement de pratiques sauvages par une interdiction faite aux chirurgiens reconnus n’est pas mineur ; or de telles pratiques sont particulièrement dommageables à l’enfant, même sans complications, et peuvent devenir gravement mutilantes en cas de difficultés.

De plus il reste à préciser la mesure dans laquelle d’autres pratiques ne seront pas regardées aussi comme mutilantes, qui ne sont pas religieuses mais coutumières, comme les piercings ou les tatouages, y compris les oreilles percées.

Cependant, comme l’argument a été cité plus haut, chaque lésion doit être regardée dans sa dimension et dans ses conséquences, mais il y a du pain sur la planche.