• Oui, mais c’est humain !

    Comment, vous ne saviez pas? Il a commis une faute abominable, lui, l’autre, l’étranger, celui qui n’est pas de chez nous, le différent.

  • Et puis, c’est intolérable, vous savez bien, il fréquente ce temple bizarre, avec une tour ouverte sur le devant.
  • Mais ce n’est pas tout, en plus il a déposé une demande de naturalisation et il paraît qu’elle est en bonne voie.
  • Ah non, il faut réagir, on n’est bientôt plus chez nous!
  • Chassons ces moutons noirs, n’attendons pas qu’il y en ait des vert, qu’on pourrait confondre avec l’herbe!

 

Le déclassement des étrangers est une pratique ancienne.

Voilà bien l’amalgame confus qui déchaine de si brillants résultats aux actions populistes, dont la première qualité est de savoir utiliser la bassesse et la lâcheté qui est en chacun de nous.

Bassesse de préférer toujours rejeter sur un métèque tout ce qui est ou semble mauvais, ce qui nous dérange, nous choque ou nous dégoûte.

Lâcheté d’être prêt à toujours se précipiter sur ledit métèque pour l’accabler de tous les maux et l’exécuter illico.

 

Modèle de la victime naïve.

Cessons, pour une fois, de nous conduire avec cet infantilisme primaire pour regarder ce qui pourrait être plus constructif, plus équilibré et plus propre à susciter la réflexion dans notre système démocratique, ce qui pourrait limiter au moins l’automatisme de Panurge.

N’ayons pas l’orgueil de penser que l’approfondissement ou la méditation sont assurés, car le réflexe précède et souvent remplace la réflexion et son conditionnement répond d’abord au moindre effort, à la plus grande facilité.

 

Au nom de la santé publique, la tolérance disparait.

Cette faiblesse est propre à l’humain dans sa majorité, donc propre à la démocratie qui en est l’émanation.

Il ne faut pas chercher à modifier cette réalité, Hercule n’y suffirait pas, il faut en prendre compte et travailler avec.

La première possibilité, celle qui paraît urgente à mettre en œuvre, est de limiter les facilités qu’il y a à tirer profit de ces défaillances inévitables.

 

Démocratiques, la discussion et la diversité perdent parfois la décision.

Car il ne faut compter ni sur la réactivité, ni sur l’engagement, ni sur le courage politique des dirigeants ou des appareils de partis, la preuve n’en est plus à faire.

Et un front national qui prétend défendre les mineurs, c’est manifestement l’alliance du loup et de l’agneau : mais qui te rend si hardi de troubler mon breuvage…si ce n’est toi, c’est donc ton frère, car le loup mangera l’agneau.

Monsieur de la Fontaine, prudent et sage, avait traduit une fable pour chaque occasion : le corbeau serait bien en place de l’agneau, celui-là abandonnant son diner pour montrer son apanage supposé.

 

Les préjugés doivent se combattre tous les jours.

Il importe toujours de limiter et d’équilibrer les moyens mis en œuvre, les budgets de propagande et autres dépenses si l’on veut éviter que d’aucun prennent l’habitude de manipuler, à coup de slogans et de millions pour les diffuser, notre démocratie.

Il n’importe pas moins de sanctionner les arguments spécieux, ce qui est beaucoup moins facile, puisque l’appréciation en est discutable et peut ouvrir des polémiques, qui ne seront pas moins nuisibles, tant pour la démocratie et la tolérance que dans l’esprit populaire, que les mensonges.

 

Ils apprendront vite les préjugés qu’ils n’ont pas.

A défaut, il serait préférable d’user de méthodes comparables en réplique, que de laisser la fausseté s’imposer comme une vérité pour n’avoir pas été dénoncée efficacement.

Mais il y faudrait du courage, de la hardiesse et même de l’effronterie ce dont les engagés manquent totalement en ce moment, sauf les populistes qui en sont pétris.

A Danton j’emprunterai cette phrase : ce qu’il nous faut maintenant, ce sont trois choses, de l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace !

Néanmoins la réhabilitation de la maturité démocratique mérite bien une croisade pour laquelle les combattants, s’il y en a, sauront vite se compter.