Le combat des suffragettes pour le droit de vote : tellement évident aujourd’hui qu’il nous semble moyenâgeux

Dès le début des manifestations féministes, les revendications linguistiques se sont dévoilées qui, dans un modèle social foncièrement dominé par la masculinité, n’étaient pas sans fondements.

Les injonctions répétées, puis insistantes ou même agressives de la gent féminine ont ainsi engendré une évolution vers l’épicène de nombreux vocables, soit intégralement, soit en ajoutant une lettre finale féminisante : ainsi écrit-on maintenant une auteure (on écrit aussi autrice ?), une professeure d’une manière naturelle et sans aucune écorchure esthétique ni grammaticale.

 

Un combat soutenu encore aujourd’hui

Mais les sensibilités sont parfois plus nuancées et quelque peu étonnantes : pourquoi préférer docteure à doctoresse qui distingue mieux le genre et se décline dans un plus grand classicisme ?

Néanmoins plus étonnant le cas particulier de l’attachement au masculin marqué par certaines diplômées, comme cette pharmacienne qui insiste en déclarant qu’elle est pharmacien diplômé, tandis que la pharmacienne est l’épouse d’un pharmacien, dépourvue de formation spécifique.

 

Mais quelle est la vraie revendication ?

La pertinence de ces usages est d’ailleurs variable car la féminisation de médecin en médecine ne saurait se réaliser, tandis que droguiste est pleinement épicène, et les deux formes de Madame le Maire et de Madame la Mairesse paraissent coexister sans contradiction.

L’émotion prend en la matière souvent le pas sur la rationalité, comme lorsque l’on décide que toute personne féminine de vingt ans et plus sera interpellée Madame et plus Mademoiselle, indépendamment de son état-civil ; bien compréhensible dans d’autres langues, comme en allemand ou l’équivalent est de genre neutre, cette détermination est moins bien fondée en français où seul l’état-civil ou la jeunesse justifie son emploi.

 

Un intitulé qui fâche

Mais évidemment, l’équivalent au masculin n’existe pas et l’on peut ressentir cette différenciation comme une dépendance du mâle accompagnant ; l’histoire ne dément pas cette interprétation qui valorise l’épouse par son mari.

Dans cette guerre des genres, ou est-ce la guerre des sexes, la convention grammaticale qui, dans le cas d’un double genre, institue que le masculin l’emporte ne pouvait évidemment que devenir la loi à abattre, quelle qu’en soit la conséquence.

Il ne faut cependant pas s’y fourvoyer, comme avec la plupart des combats, cette lutte comprend aussi une bataille de pouvoir, hostilité sans merci, même si les convenances ou l’opportunité politique contraignent à le dissimuler : l’hypocrisie est depuis toujours un genre malicieux.

 

Un bras de fer est engagé

Une magistrate (un féminin bien inélégant) genevoise, dont les engagements pour la promotion des femmes sont connus, combatifs et même vindicatifs a pris l’initiative de soumettre les fonctionnaires à une formation aspirant rien moins que de « désexualiser » la langue française, tout au moins son usage administratif.

Mais ne faudrait-il pas plutôt parler de castrer la langue, pour bien exprimer ce qu’on entend lui faire subir en la privant de sa détermination de genre ?

 

Tout n’est ici qu’une question de priorité de genre

Pas forcément puisqu’on envisage de doubler toute chose en proposant de remplacer « le chef de service » par « le chef de service ou la cheffe de service ».

Voilà qui risque de contrecarrer sérieusement les désirs écologistes d’économie dans la dépense de papier en allongeant singulièrement les phrases, mais aussi d’alourdir à l’infini les tournures et de rendre de moins en moins compréhensibles les expressions, même les plus sommaires.

Quant à la citation d’une masculinisation de la profession de sage-homme, elle ne peut que souligner sa place d’alibi, tant elle est anecdotique jusque dans son doublage de la fonction d’accoucheur, tandis que le recours à l’ordre alphabétique, préconisé pour déterminer la priorité du masculin ou du féminin dans les doublures systématiques, ne pourra que confirmer la décharge que l’on entend prendre.

 

Faut-il favoriser la communication ou la susceptibilité ?

En effet, l’argument de rééquilibrage ne saurait s’assortir d’une priorité inversée avouée et il faut donc se garder d’endosser une nouvelle préférence, une sorte de ségrégation positive, même si, pour commenter le remplacement des parenthèses de l’éventuel e féminin par des tirets, l’auteur spécifie que la parenthèse déprécie les femmes qui ont trop longtemps été mises entre parenthèses.

Quant aux accords pour lesquels le masculin l’emportait dans la grammaire classique, il faudrait maintenant l’accorder au plus proche sans égards à la logique ni à la phonétique.

A Leucade donc l’Amour du langage, de la poésie et des belles proses, le soin des formes ou des rythmes, l’attention d’une belle syntaxe et même la rigueur du sens, la préférence des significations et l’attribution grammaticale des nombres et des genres : place à la neutralisation et à l’ambivalence, à la perte d’identité à force de recherche du politiquement correct.

 

Grevisse distingué grammairien qui fait autorité est quelque peu piétiné

La logique est ici à l’ablation de la forme patriarcale par la surcharge ou par le contresens, en pratiquant le rejet aussi bien d’une prévalence masculine que d’une galanterie envers les femmes, il faut tout neutraliser en appliquant l’ordre alphabétique le plus incommode, puisqu’il faudra chercher cette priorité dans la première différence, celle qui se détermine souvent à la fin du mot.

Pauvres élèves des prochaines années, que l’on soumettra à une pareille découpure systématique des phrases, lesquelles perdront ainsi toute forme et toute spontanéité pour adopter une prétendue désexualisation, au nom de laquelle le sel comme les épices seront bientôt frappés d’interdictions, parce qu’il vaut mieux perdre les goûts qu’en préférer l’un à l’autre.