Prendre acte, ne pas ignorer.

La question n’est pas impertinente malgré la large propagande donnée au slogan qui commence mon titre. C’est en effet bien un cri de guerre que de rappeler que la vie en société commence par le respect de l’autre, et que l’on n’obtiendra d’être respecté que par cette concession aux autres.

Naturellement une définition précise de respect n’est pas inutile, puisque les extensions du mot peuvent comprendre l’admiration du maître ou la révérence du seigneur, mais ce ne sont que des péjorations du sens fondamental : fait de prendre en considération, attitude qui incline à ne pas porter atteinte.

 

Des affichages attirent l’attention, c’est bien mais trop peu.

La prise de conscience de la perte générale de respect dans la pratique populaire s’est faite par la multiplication de ce qu’on appelle maintenant les incivilités, qui comprennent autant les mots ou les expressions dénuées d’égards ou insultantes, que les gestes ou les attitudes, le manque de propreté ou de soin, l’évacuation désordonnée de certains déchets etc…

 

Est-il donc cantonné dans une réserve ?

L’effet est cependant largement plus étendu, marqué par le besoin de s’imposer, de prendre de la place au détriment d’autrui, comme le font mains automobilistes dont la musique envahit bien loin l’espace environnant, imposant une rythmique débordante qui laisse croire qu’une nouvelle discothèque s’est ouverte au coin de la rue.

L’attitude générale du moment, la mode en quelque sorte, est de considérer l’automobiliste comme le grand méchant pollueur, faiseur d’accidents, encombrant, indésirable et dérangeant mais quant au manque de respect, si les automobilistes ne sont pas des anges, ils ne sont ni les seuls, ni les pires.

 

Comme à la maison, le volume se mesure… ou pas !

Voyez avec quelle indifférence et quelle arrogance les piétons traversent les rues dans n’importe quel angle, parfois les longeant presque pour atteindre leur objectif sans en être détournés, s’engageant sur la chaussée malgré des feux bien rouges, contraignant les autres usagers à ralentir ou à se détourner pour les éviter.

Regardez encore avec quel air excédé certains heurtent du poing une automobile qui, suivant une file en heure de pointe, s’est trouvé arrêtée sur un passage de sécurité, ou avec quel air de grave reproche ils lancent des regards incendiaires au conducteur du véhicule qui les incite à accélérer lors même qu’ils traversent sans droit !

 

La petite reine, pas le dictateur !

S’ils font aussi souvent preuve d’imprudence jusqu’à l’inconscience, les cyclistes font bien pire encore en brulant les feux sans accorder aucune attention au reste de la circulation, dépassant allégrement les files d’automobiles arrêtées et franchissant les carrefours, avec la conviction que tous freineront pour les éviter.

Revendiquant avec force et forfanterie les pistes réservées à leur usage, ils envahissent aussi les trottoirs autant quand ils y sont autorisés que sans en avoir aucune permission, agissant en seigneurs exclusifs et agressant tous ceux qui les dérangent de quelque manière dans leur cheminement.

 

Certains trottoirs sont autorisés seulement !

Ainsi sortant d’une propriété au volant d’une voiture, j’ai essuyé l’ire d’un cycliste qui s’estimait prioritaire sur un trottoir large seulement d’un mètre vingt et, à un autre moment, piéton sur le même accotement, je faillis être renversé par un cycliste qui ne m’avait pas vu, caché par une haie foisonnante.

Comme je lui fis savoir qu’il n’était pas dans son droit de rouler sur cette bordure trop étroite, il argua du trop grand danger de la chaussée à cet endroit : le danger s’exporte vers les autres et le dernier plus vulnérable aura à le subir !

 

Jouez avec si vous voulez, mais ne les jetez pas par la fenêtre !

Que dire encore des endroits où l’on est bien inspiré de longer les façades de près afin d’éviter les chutes de mégots, de boîtes voire bouteilles vides ou de reliefs divers du plateau télévision, des allées qui nécessitent une grande attention pour éluder les crottes de chiens ou les gommes à mâcher usagées dont la densité impressionne.

Il est bien facile pourtant de ressasser d’un manque d’éducation ou d’une évolution dégradée des mœurs, mais le retour à une conscience fondamentale nécessite un effort soutenu de propagande sans laquelle jamais il ne sera possible d’impliquer ni la responsabilité, ni le respect, ni la tolérance dans l’esprit populaire.

 

Soi-même, les autres et l’univers !

Car le respect que chacun prétend recevoir ne saurait exister si personne ne le témoigne aux autres, comme la tolérance est gagnée par lent consensus et réalisée dans un ensemble, de même qu’il ne faut pas imaginer un sens des responsabilités dans une société ou tous la déclinent.

Mais le profit pour toute une population de ces attitudes mutuelles peut être grand en urbanité, en confort, en fluidité de communication et même en plaisir de cette sociabilité qui manque si souvent dans nos actions compétitives et concurrentielles, et la sérénité qui peut y être trouvée n’est pas sans bénéfice pour notre vulnérabilité aux stresses.