Joseph Incardona et les deux éditions de son roman. (Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr)

Qui s’est déjà frotté à un e-book l’a certainement constaté : pas si évident. Loin, très loin des théories de facilité d’acquisition ou d’emploi.

L’aspect technique est déjà un point difficile a aborder. Tel ouvrage est compatible avec telle liseuse, mais pas avec l’autre marque. Inutile d’imaginer de le transférer sur sa tablette sans mettre la main à la pâte. Acquérir un logiciel compatible, si possible gratuit, capable de lire ce format. Sans compter qu’il faut parfois encore investir dans des lunettes, mais d’une certaine marque, pour être capable d’en prendre (enfin) connaissance.

Et puis interviennent les DRM. La « gestion des droits numériques ». Ces protections contre la duplication transforment en calvaire pour l’utilisateur lambda toute tentative de copie légale. Parce qu’il n’est pas acceptable pour une maison d’édition que vous puissiez lire l’oeuvre choisie où vous le désirez. Vous l’avez acquise pour ce type de liseuse, un point c’est tout.

La comparaison avec le livre papier fait immédiatement sourire. Plus volumineux, il nécessitera une place individuelle, alors qu’une liseuse peut contenir de nombreux ouvrages sous forme électronique. Toutefois, jamais en panne de batterie,  il peut être lu n’importe où, et retrouvé dans sa cave dans 20 ans. Prêté à son fils, à sa voisine, sans avoir l’impression d’être un criminel, ni que l’industrie du livre va s’écrouler. Parce que ce type de transfert reste local, et qu’en le prêtant vous vous séparez de votre exemplaire. Et puis, vous pouvez tout aussi bien le louer dans une bibliothèque ou l’acheter d’occasion, ce qui ne sera définitivement jamais possible avec des e-book verrouillés à outrance. Finalement, le livre était un bon moyen de protéger le droit d’auteur tout en conservant un minimum de liberté.

L’idée n’étant pas de critiquer le progrès, mais il serait peut-être nécessaire que les milieux économiques concernés revoient leurs méthodes.

Le résultat est fâcheux. Il fait la part belle aux pirates, et aux sites de téléchargement illégaux. D’abord pour tout ceux qui se sont procurés une version électronique, qu’ils ne peuvent pas lire sur leur liseuse, ou qu’ils voudraient avoir sur leur tablette, pc ou autre outil multimédia. Ensuite, parce qu’il est plus facile de se procurer une version piratée, que de rechercher sur les sites soi-disant spécialisés, ne faisant généralement que la promotion de leurs poulains. Enfin, parce que tous ces inconvénients servent souvent de prétextes aux personnes malles intentionnées, et fournissent du travail aux éditeurs de logiciels spécialisés dans le cassage de protections.

Si nous avons généralement bien compris qu’il ne s’agissait plus de devenir propriétaires d’un objet, mais uniquement d’acquérir le droit d’usage d’un produit, il est plus difficile d’accepter les tarifs pratiqués dans la plupart des cas. Car, par cet usage, il ne faut plus comprendre la lecture du livre en question, mais bien la lecture sur une certaine plateforme, et parfois, plus grave, dans un temps bien défini. En comparaison, ce serait réduire l’industrie du cinéma à la seule location de dvd en vidéo club.

Surtout qu’a tout bien considérer, le prix d’un e-book est souvent trop élevé. Lorsque l’ouvrage papier coûte non seulement les droits d’auteurs, mais le support, la distribution et le conditionnement, il est très difficile d’avaler que le prix de sa version électronique en soit si proche. Le raisonnement n’est malheureusement pas si simple, mais c’est l’impression qui vient immédiatement à l’esprit.

Les distributeurs prétextent pourtant toujours le droit d’auteur pour justifier de protections de plus en plus farfelues. Ce qui est faux. Un livre acheté dans sa version papier, devrait dans ce cas être automatiquement libre de droits d’auteur sous sa version électronique pour celui qui posséderait le premier. Qu’un développement technologique, une promotion, l’hébergement sur internet, les frais des transactions bancaires, voir la transcription de l’oeuvre sous une forme électronique soient liés à un coût et donne donc la valeur d’un produit numérique, laquelle serait majorée du bénéfice du vendeur, est tout à fait acceptable, et peut défendre l’intérêt de protéger alors ce capital contre le vol qu’en serait la copie. Pour autant que celle-ci ne soit effectuée qu’afin de ne pas s’acquitter du prix à payer pour disposer d’une version électronique.

Mais, de grâce, cessons de nous agiter l’idée du pauvre écrivain mourant de faim alors que son oeuvre se retrouve partagée gratuitement sur Internet. L’auteur en question, s’il ne devait percevoir ses droits que par l’ajout de ceux-ci à la valeur mercantile du produit numérique, ne serait alors que la victime de l’incurie des réseaux de distributions, incapables de cohérence et d’ouverture. Parce que chacun voulant se réserver sa part de marché, chacun développe son propre format, tirant un bout de couverture à lui. C’est de cette joute commerciale dont sont en premiers victimes les auteurs, dans un marché qui pourrait se développer à l’instar de son prédécesseur papier.

Et qu’en est-il des livres édités uniquement de manière numérique sur des supports qu’il ne sera plus possible de lire dans 10 ou 20 ans, la technologie ne le permettant plus ? Imaginez des livres uniquement distribués sur disquettes souples 5,25 » !!!!! Qui pourrait les consulter aujourd’hui ? A moins de mettre en place une infrastructure permettant de les dupliquer sur les nouveaux formats existants … pour autant qu’il n’y ai pas de protections contre la copie, de DRM, ou de lunettes (farfelues) spéciales.

Le problème du format numérique : pas d'avenir des données.