L’évocation des réseaux a été abordée dans la conjoncture d’un prochain scrutin, lequel préconise les réseaux comme moyen de contention des frais de santé par une gestion rigoureuse et restrictive.

 

Des praticiens de disciplines différentes se concertent pour se compléter

Mais il existe un tout autre regard du travail en réseau, cité déjà pour sa réalisation dans les policliniques où une qualité plus pointue et plus didactique de soins et d’accompagnement se fait à travers le travail de groupes de praticiens, qui se concertent et se complètent pour mieux répondre aux besoins complexes et pluridisciplinaires.

 

Une organisation claire des situations

Ainsi la prise en charge des pathologies chroniques peut-elle se faire dans une vision mieux affinée et à plus longs termes, avec une meilleure coordination des différents aspects traités par les spécialistes adéquats, en fonction de l’ensemble particulier de chaque patient et compte tenu de toutes les données compilées par le collège professionnel.

L’efficacité thérapeutique est ainsi mieux atteinte au grand bénéfice du patient comme de la collectivité, le premier trouvant une meilleure qualité de vie tandis que la seconde rationnalise ses coûts en limitant les dommages engendrés par la maladie.

 

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D'abord mieux connaitre son corps, pas seulement le squelette.

Dans cette orientation intervient l’enseignement thérapeutique par lequel le patient, informé, sensibilisé, conditionné aux diverses implications et incidences de sa propre pathologie, au quotidien et au cours du temps, apprendra à percevoir, observer, domestiquer et gérer cet autre lui-même, dont sa vie dépend désormais.

Cette voie dont l’économicité serait plus flagrante encore si l’on regardait ensemble la perte de gain et les soins, c’est-à-dire le coût social et le coût thérapeutique, est une remarquable progression parce qu’elle rationnalise les charges thérapeutiques en limitant les conséquences de la pathologie, et qu’elle restaure simultanément un confort existentiel de l’individu lésé.

 

Les groupes permettent aussi un travail plus efficace.

Mais cette approche ne peut se faire que par un travail étroitement collégial et de forme institutionnelle, puisqu’il nécessite un groupement des thérapeutes et des patients en dépassement des consultations individuelles qui sont habituellement pratiquées.

 

Le mode de vie et l'alimentation sont une partie de l'enseignement.

Comme le suivi des maladies chroniques, la réponse aux addictions bénéficiera aussi largement des actions conduites par des approches pluridisciplinaires et surtout collégiales, pour en cerner les spécificités et les particularismes, mais aussi parce que les éléments n’en sont pas complètement connus.

Jadis fortement stigmatisées, ces dépendances sont identifiées aujourd’hui comme des pathologies à part entière et une récente jurisprudence du tribunal fédéral confirme cette qualité à certaines formes de tabagisme. Mais une détermination du patient est indispensable à l’issue fructueuse, qui ne peut être atteinte si le concerné n’est pas demandeur.

 

Une vision large des conséquences.

Parce que la vision politique ne touche qu’à l’économie thérapeutique, parce qu’en l’occurrence une économie réelle interviendra dans le mode de vie de celui qui se délivrera, les débats parlementaires à ce sujet seront certainement prolifiques mais un meilleur regard que par le petit bout de la lorgnette serait pourtant opportun.

Chaque addiction induit en effet des conséquences économiques multiples, dont la prise en compte entière devrait justifier plus d’engagement dans la recherche des moyens de délivrance et des évitements de prosélytisme.

Interpeller pour rendre attentif.La propagande en ce domaine n’est jamais excessive, et tant pour la prophylaxie d’ailleurs que pour l’incitation à la prise en charge, car il importe d’éveiller les consciences à la protection des contaminations mais aussi à leur guérison ou à leur rémission.

Par le biais de la publicité, des résultats pourront être atteints souvent bien au-delà de ce que permettrait l’attente en consultation, car il faut mobiliser largement la population par une information soutenue, tant afin de limiter les contaminations endémiques par les substances toxiques que lorsqu’il s’agit de réelles contagions virales.

 

A chaque situation sa réponse.

Ces actions et ces objectifs ne relèvent plus de soins mais sont partie intégrante de la santé publique, domaine social essentiel et parfois régalien dont l’étendue n’est pas toujours définie à sa juste mesure : en bonne logique, tout ce qui touche à la santé, y compris les applications thérapeutiques, devrait en faire partie.

 

Les conséquences indirectes, un autre sujet de santé publique.

Un récent article du tabloïd romand racontait l’anecdote pénible d’un homme de vingt-sept ans qui avait subi une intervention au genou pratiquée dans une clinique privée ; une malencontreuse chute rouvrit la cicatrice qui fut infectée par des staphylocoques dorés.

L’établissement dans lequel l’intervention avait été pratiquée n’ayant pas une disponibilité suffisante, il se présenta aux urgences de l’hôpital public le plus proche, puis aux urgences du principal établissement du canton, qui finalement le prendra en charge.

S’ensuit une diatribe par médias interposés entre les intervenants, quant à savoir si une telle urgence doit être prise en charge par la clinique privée ayant pratiqué l’opération ou par l’établissement public.

 

Identifier et gérer les besoins !?

C’est oublier une règle nécessaire et qui devrait prévaloir partout : la gestion des besoins en matière de santé et d’urgence médicale est une affaire de santé publique, dont la tâche incombe inévitablement à l’autorité de l’état. Certains l’ont établi clairement, dans leurs textes fondateurs ou dans leurs déclarations de missions, d’autre non, mais un état qui n’endosserait pas cette nécessité n’est guère concevable.

La conception d’ensemble tiendra certainement compte des établissements privés mais, ces derniers ayant une vocation essentiellement lucrative, leur place en matière d’urgence ne sera inévitablement que secondaire ; c’est aussi, par exemple, la planification existante en cas de catastrophe qui, si elle est peu connue du public, existe dans chacun des états de l’Europe occidentale et centrale.

 

Les plus lourdes urgences sont inévitablement réservées aux hôpitaux universitaires.

Quant à la réalité de la prise en charge des urgences lourdes, les cas les plus difficiles sont forcément dirigés vers les établissements les plus grands et les mieux équipés pour y répondre, qui sont le plus souvent les hôpitaux universitaires, dont la vocation formatrice justifie aussi qu’ils centralisent les plus grandes exigences.

Aussi n’est-il pas étonnant que les complications post-opératoires doivent être dirigées vers les établissements publics, puisque les nécessités liées aux urgences potentielles sont du ressort de la santé publique et ne rentrent pas dans les structures des établissements privés à vocation bénéficiaire.

Néanmoins dans l’organisation sanitaire de nos états, la nécessité d’une collaboration et d’une complémentarité entre les structures privées et les coordinations publiques est une évidente nécessité puisque ni les unes, ni les autres ne sauraient suffire aux besoins de la population.

 

Un idéal de marketing ?

Il est pourtant vrai que la multiplication de cabinets privés ne peut que tendre à gonfler les coûts puisque, ainsi que dans toute forme de libre concurrence, les cabinets subiront la pression d’une nécessité de chiffre d’affaire et exerceront de la sorte une poussée inflationniste sur le marché.

Car il s’agit bien d’un marché commercial dont les produits sont appliqués sur la santé et le bien-être de la population entière, d’où une difficulté à accepter qu’il soit drainé par un marketing dont le but est de créer et amplifier constamment le besoin, qu’il existe objectivement ou non.

Il y a bien là un conflit entre des logiques qui s’affrontent dans une contradiction quelque peu violente car le raisonnement de consommation, mu par l’aspiration à une croissante sans fin, ne s’accorde guère au besoin d’équilibre et de modération de la santé, qui ne peut que pâtir d’une consommation irraisonnée et immodérée.

 

Knock, Louis Jouvet, une autre vision de la médecine !!

Une enquête menée par des tessinois, il y a quelques années, avait révélé cette éloquente conclusion que les interventions gynécologiques avaient une fréquence moindre de plus d’un quart dans les familles de médecins ou d’avocats.

Ainsi l’usage fait d’un prétendu principe de précaution s’appliquerait assez abondamment à la population qui, n’ayant pas un conseil familial opportun, se laisserait dominer par la crainte d’une maladie trop connue pour ne pas effrayer, au point d’accepter des ablations multiples.

Une telle tendance ne peut que s’accentuer lorsque des praticiens nouvellement installés se trouveront dans la nécessité d’assurer leur volume de travail et de clientèle car, nonobstant la déontologie et les principes, l’humain conduit sa vie de manière individualiste et trouve plutôt aisément les justifications de ses objectifs pécuniaires.

 

Les médecins vont-ils faire la promotion d'une surconsommation ?

Dans une précédente période, cet aspect n’avait pas échappé à la sagacité de l’autorité qui avait imposé une restriction à la création de nouvelles pratiques médicales privées, dans le but déclaré de contenir l’évolution des coûts ; la libéralisation dans ce domaine particulier pourrait bien avoir de multiples inconvénients pour l’équilibre budgétaire et pour la santé publique.

Car si l’on veut considérer comme légitime l’aspiration des jeunes médecins de s’installer en pratiques privées, ce regard doit alors considérer le commerce médical comme un commerce ordinaire, dont l’objectif est de vendre toujours plus dans la seule régulation de la concurrence, ce qui exclut toute idée de couverture d’assurance comme de santé publique, à la manière toute simple du docteur Knock dont les diagnostics sont établis selon les informations sur la fortune des patients.

C’est au demeurant en pleine contradiction avec la proposition de réseaux, dont le concept s’oppose par nature à la pratique médicale individuelle qui explose en ce moment.

Comme toujours, c’est par les défauts des humains qu’il convient de les gouverner, parce que les idéaux ou les principes sont trop contournables.