Le barrage de Verbois (Auteur : Nicolas Ray – liscence Creative Commons)

Les accords et projets transfrontaliers entre la Suisse, dans le cas présent Genève, et la France, sont nombreux et existent depuis fort longtemps.

Un projet d’agglomération franco-valdo-genevois est du reste sur le point d’aboutir. Nous y reviendrons prochainement.

Nos deux pays sont, entre autres, sont traversés par des fleuves communs, dont le Rhône. Qui dit fleuve dit énergie hydroélectrique, découverte et utilisée depuis la moitié du 19e siècle. Et qui dit énergie dit barrage.

A la frontière franco-suisse entre le canton de Genève et le département de l’Ain, il en existe même un qui partage son énergie entre les deux pays. Le barrage de Pougny-Chancy distribue depuis 1924 72% de son énergie à la Suisse et 28% à la France.

Ce barrage et celui de Verbois (Suisse) en amont, servent également à réguler les crues et sécheresses du Rhône, apportant un avantage certains aux régions concernées. Mais si cette technique de production est perçue comme propre, cette considération ne tient en général pas compte dans l’esprit populaire de l’impacte écologique. Outre que la mise en place d’un tel dispositif signifie généralement une modification profonde des écosystèmes voisins, il nécessite également un entretien qui impacte également et régulièrement la nature.

Et ce sera le cas cet été. La retenue du barrage de Verbois se charge constamment d’alluvions, graviers et autres résidus naturels, principalement charriés par l’Arve, une rivière française qui se jette dans le Rhône, mais du côté suisse. Ces déchets proviennent principalement du massif du Mont-Blanc, que l’Arve traverse et qui y trouve également sa source. Bref, il n’est pas imaginable qu’une retenue (ou lac) d’un barrage puisse s’encombrer sans que l’homme intervienne, faute de quoi sa capacité diminue rapidement.

Mais alors qu’un fleuve écoulerait des sédiments progressivement, l’exploitant du barrage n’a d’autres possibilités aujourd’hui que d’entreprendre une opération justement nommée « chasse ». Il s’agit de vider une partie de l’eau retenue, provoquant ainsi un courant entraînant les saletés accumulées et les rejetant dans le fleuve en aval du barrage.

Dans le cas présent, il ne s’agit pas d’une décision prise à la légère. Alors que l’ouvrage était « chassé » régulièrement tous les trois ans depuis sa mise en service en 1942, il ne l’a plus été depuis 2003. En cause, l’objection des communes françaises concernées par cet apport soudain d’eau très chargée. Décès de la faune et de la flore, impacte touristique certains, signifient perte de vitesse pour de nombreuses économies liées au domaine fluvial.

Cette vidange était initialement planifiée pour le mois de juin 2010. Finalement, et peut-être pour la dernière fois, cette chasse aura lieu cette année, sur la période du 4 au 20 juin. Car il ne s’agit pas simplement d’ouvrir les vannes et d’attendre, il faut que les autres ouvrages en amont accompagnent également ces chasses, afin de ne pas être, à leur tour, envahis par les déchets charriés subitement par le fleuve, ni que ceux-ci se déposent sur les rives, recouvrant flore et installations. Ainsi donc, d’autres retenues ouvriront tour à tour leurs vannes, afin de guider le plus rapidement possible les eaux sales jusqu’à la mer.

Voici le calendrier des réjouissances en question :

Génissiat jusqu’à Sault-Brenaz (CNR – France) : 4 juin – 15 juin
Chancy-Pougny (SMFCP – Suisse-France ) : 9 juin – 15 juin
Verbois (SIG – Suisse) : 9 juin – 20 juin

Bases de loisirs situées sur le parcours du fleuve et organisations écologiques n’ont pas de quoi se réjouir. 17 communes du nord de l’Isère, le long du Haut-Rône, sont ainsi concernées. Certains exploitant imagines tout simplement fermer à cette période. Mais le manque à gagner sera alors important.

Petit espoir toutefois, les Services Industriels (l’exploitant suisse de Verbois) pourrait, à l’avenir, employer d’autres solutions que les chasses pour draguer la retenue du barrage.