L’Afrique, un continent tourmenté par les conflits armés

Cela n’était pas imprévisible : la profusion d’armes mises en circulation par la guerre civile de Lybie faisait craindre un développement d’actions de combat dans cette région dont les structures sociales, politiques et institutionnelles restent très précaires, voire inexistantes.

C’est une population à caractère nomade qui ambitionne de s’imposer au Mali et de régir par la rigueur d’une application stricte des lois islamiques un territoire, dont il n’est pas clair s’il est défini par la sécession du champ actuellement occupé ou si la finalité est la conquête du pays entier.

 

Le Mali est actuellement coupé dans son étranglement

Sur ce continent déjà tellement stigmatisé par les guerres ethniques ou fratricides, économiques ou religieuses, internes ou soutenues par les pays voisins ou distants dans des conflits de pouvoir ou d’influence, cette évolution dramatique vers une multiplication d’exactions, produites par un climat de non-droit et d’impunité, et l’inévitable répétition de drames humanitaires, consécutive au déplacement forcé d’une population démunie et affolée, approfondira l’insupportable souffrance dans laquelle sont déjà les populations locales.

C’est qu’il est facile d’ouvrir les arsenaux et de distribuer les armes légères ou lourdes, les munitions qui les accompagnent ou encore de distribuer à une population en révolte les moyens de soutenir sa rébellion, mais c’est une autre histoire que de récupérer ensuite l’armement et de rétablir une situation d’autorité et de droit.

La Lybie elle-même en fait la pénible expérience ou la société n’est pas conduite par une autorité unique et définie mais bien d’avantage par des chefs de groupes épars, dont l’autorité a été consacrée par l’action de guerre et perdure alors que le dictateur est défunt et son armée défaite.

Cette même situation a été rencontrée en Côte d’Ivoire, où le président élu est maintenant en place et semble rencontrer encore quelque difficulté à ramener à l’ordre ses équipes de partisans.

Car dans l’exaltation de la victoire qui suit le combat, il est aussi facile de vouloir juger les vaincus que de se croire chargé de toute justice et de la rendre à sa manière, sans procédure ni référence, à son émotion ou à celle, exaltée souvent, de la population accompagnante.

L’armée gouvernementale du Mali

Il est facile aussi, pour revenir au Mali, de s’arroger la constitution d’un état les armes à la main au détriment d’une population démunie et d’un pays moins bien armé, d’y proclamer une loi islamique qui, dans beaucoup d’endroits et de sociétés de culture islamique, peut paraitre un sauf-conduit, mais il faut encore trouver une communication harmonieuse avec la population.

L’exode qui s’est immédiatement manifesté montre clairement qu’il n’y a pas d’adhésion des habitants et qu’il s’agit d’une invasion, au mieux d’une prise de pouvoir par une partie non déterminante. Comme les Touareg qui sont à l’origine de cette action armée sont, par tradition, nomades la distinction n’est pas simple.

Mais le fondement de leurs traditions n’est pas non plus très compatible avec la construction des structures d’un état souverain, moins encore d’un état de droit car le nomadisme, par sa propre nature, est fondé sur une organisation de groupes, familles ou tribus, sans référence plus large ni allégeance à une organisation supérieure.

Aussi leur revendication de fondation d’un état prend-elle plus l’écho d’une réclamation d’indépendance, peut-être d’une reconnaissance de valeur, que le son d’une volonté institutionnelle fondatrice.

A travers ce continent où manquent déjà totalement les structures et l’organisation pour assurer son fonctionnement et son développement, ni l’action guerrière, ni la sécession ne sont de bonne augure d’autant qu’il est à craindre que des élargissements belligérants viennent à intervenir.