À la recherche d’une nouvelle belle montre à ajouter à ma collection, je scrute un peu chez tous les fabricants à la recherche d’un coup de cœur ou d’une pièce qui sort du lot.

C’est tout naturellement que je me tourne vers les marques suisses. Hé oui on est dans le pays des montres, du fromage et du chocolat, regardons déjà chez nous. La réputation des « Swiss Watches » n’étant plus à faire je finis par donc faire le tour et tombe sur la firme Biennoise Omega.

Au-delà de tous les fabuleux modèles de ce fabricant phare de l’horlogerie suisse, je me retrouve finalement face à surement la montre la plus légendaire de l’histoire: la Omega Speedmaster.

Comment cette montre est devenue LA Moonwatch?!

La Moonwatch est la seule montre-bracelet à être approuvée par la NASA pour toutes les missions habitées. C’est donc la seule montre à avoir été sur la lune, d’où le surnom Moonwatch.
Pourtant entre l’histoire vraie et les légendes il est parfois difficile de faire la part des choses.

Vous allez vous rendre compte que finalement l’histoire vraie n’a pas besoin d’être enjolivée tellement elle est incroyable. Il nous faudra remonter jusqu’aux années ’60 pour voir comment ce modèle fut initialement choisi et comment elle a coiffé au poteau quatre autres chronographes de grandes marques. Une batterie de tests impressionnante lui valut finalement d’être la seule montre autorisée lors de missions habitées de la NASA depuis le lancement, le 15 mai 1963, de la capsule Faith 7 (programme Mercury) contenant à son bord l’astronaute Gordon Cooper.

L’aventure de cette montre commença au début des années ’60. Deux employés de la NASA ont acheté anonymement des chronographes de diverses marques chez plusieurs horlogers de Houston. Avec leurs six montres en mains, ils se lancent dans une série de tests plus incroyables les uns que les autres pour déterminer quelle serait la plus adaptée pour aller dans l’espace.

Alors que le programme spatial Mercury était pratiquement dans sa phase finale, la NASA était déjà en train de préparer les missions du programme spatial Gemini et d’Apollo. Mercury n’abritait qu’un seul homme, Gemini deux hommes et finalement Apollo en abritait trois.
Durant les missions de Gemini et Apollo, les astronautes devaient se confronter à des sorties dans l’espace et donc avaient besoin d’une montre-bracelet qui supporterait les conditions extrêmes qui règnent là-haut.

Pour la petite anecdote, cette Omega avait déjà été dans l’espace avant même d’être certifiée par la NASA. C’est au poignet de l’astronaute Wally Schirra, le 3 octobre 1962, lors de la mission Mercury 8 qu’elle y est allée.

 

Les contraintes dans l’espace sont énormes du coup la montre doit entre-autres encaisser des changements de températures plus qu’énormes. Dans l’espace, entre l’ombre et le rayonnement solaire, il y a un écart de plus de 100°C! Le président des États-Unis de l’époque, John Fitzgerald Kennedy, avait déclaré la lune comme objectif, les contraintes étaient donc encore plus grandes. Sur notre lune, les températures oscillent entre -160°C à l’ombre et plus de 120°C au soleil.

C’est donc pour cela qu’une batterie de tests a été mise au point afin de déterminer laquelle des cinq montres résisterait le mieux.

 

Les tests:

Appelée « Procédure de tests de qualification« , la série de tests et procédés mis au point par la NASA devait voir passer chaque montre.
Voici comment cela s’est passé:

Les montres sont remontées avant chaque phase de tests. Le chrono doit être actif durant chaque test et même entre deux tests. Il doit être enclenché immédiatement avant et après chaque test et, en cas de délai, à des intervalles de deux à six heures entre les différents tests.
La précision horaire doit être contrôlée avant et après chaque test à des intervalles réguliers d’une heure et à des intervalles de feux à six heures entre les tests s’il y a un délai d’attente.
Au début de chaque test de la précision horaire, le chronographe doit être enclenché et les données suivantes doivent être notées:

  • Marque et modèle de la montre
  • Temps réel (hr,min,sec)
  • Temps indiqué par la montre en cours de test (hr,min,sec)

Lorsque le contrôle de précision doit être effectué pendant un test, le chrono doit continué enclenché et les données suivantes notées:

  • Marque et modèle de la montre
  • Temps réel (hr,min,sec)
  • Temps indiqué par la montre en cours de test (hr,min,sec)
  • Temps écoulé indiqué par le chrono (hr,min,sec)

À chaque contrôle de précision, tous les éléments extérieurs (boitier, verre, cadran, bracelet, poussoirs) ainsi que toute trace d’humidité doivent être contrôlés. Tout problème doit être notifié.
Dans n’importe lequel des cas suivants, la montre en test doit être retirée:

  • Défaut total de fonctionnement de la montre avec impossibilité de remise en route
  • Défaut total de fonctionnement du chrono avec impossibilité de remise en route
  • Deux défauts de fonctionnement de la montre quelque soit leur nature, même si la capacité de remise en route est établie
  • Verre fendu ou brisé
  • Tige du remontoir ou poussoirs du chronographe cassés

 

Après une première série de tests, trois montres furent éliminées, et sur les restantes seule l’Omega répondit totalement aux exigences incroyablement élevées de la NASA.

 

Le top 3

Les trois montres restantes ont du passer 11 tests qui ont surement représenté les épreuves les plus rigoureuses et difficiles que l’horlogerie ai connu.
Durant la journée du 29 septembre 1964, la NASA a commandé à Omega deux Speedmaster « pour test et évaluations au prix unitaire dingue de USD 82.50$ au cours du jour. À cette époque en suisse elles étaient commercialisées à CHF 415.-. (de nos jours sa valeur est d’approximativement CHF 3’000.- neuve pour la version de base et peut aller jusqu’à CHF 95’000.- pour la version limitée platine).
Un délai impératif de livraison au maximum le 21 octobre ’64 avait été stipulé.

Voici le parcours du combattant que ces gardes-temps ont du endurer:

  • 1er test: Les températures extrêmes:

48h à une température constante de 160°F (71°C) suivies directement de 30 minutes à 200°F (93°C). Tout cela à une pression de 0,35 atm (atmosphère (atm) – unité de pression. 1 atm = 101 325 Pa.) et à une humidité relative ne dépassant pas 15°.

 

  • 2ème test: Les basses températures:

4 heures à 0°F (-18°C)

 

  • 3ème test: Pression et température:

Pression maxi dans une chambre de pression de 10-6 atm et une température ambiante de 160°F (71°C). La température est ensuite descendue progressivement à 0°F pendant 45min puis de nouveau augmentée progressivement à 160°F en également 45min. Tout ceci refait 16 fois au total.

 

  • 4ème test: Haute humidité:

Pour tester la parfaite étanchéité de la montre, elle est exposée pendant 240 heures à des températures oscillant entre 68°F (20°C) et 160°F (71°C) avec une humidité ne descendant pas en dessous de 95%. La vapeur utilisée lors de ce test doit avoir un pH entre 6,5 et 7,5.

 

  • 5ème test: Saturation en oxygène:

Pour ce test, la montre doit être mise dans les conditions suivantes. Atmosphère constituée à 100% d’oxygène à une pression de 0,35 atm et à 160°F pendant un total de 48 heures. Toutes traces de brulures, gazes ou odeurs recalent directement l’objet testé.

 

  • 6ème test: Résistance aux chocs:

Six chocs de 11 millisecondes dans six directions différentes. Puissance des impacts: 40 G.

 

  • 7ème test: Acceleration linéaire:

La montre doit encaisser une accélération linéaire de 1 G à 7.25 G en 333 secondes.

 

  • 8ème test: Décompression:

90 minutes dans un vide à 10-6 atm et à 71°C (160°F) puis 30 min à 93°C (200°F).

 

  • 9ème test: Pressions extrêmes:

La montre-bracelet doit encaisser 1,6 atm durant au moins 1 heure.

 

  • 10ème test: Vibrations:

3 cycles (un cycle latéral, un cycle horizontal et un dernier vertical) de 30minutes. La fréquence varie de 5 à 2000 cps (cycle/seconde (cps) – unité de fréquence. 1 cps est égal à 1 Hertz) puis retourne à 5cps en 15 min. L’accélération moyenne par impulsion doit être au minimum de 8,8 G.

 

  • 11ème et dernier test: Acoustique:

30 minutes à 130 db sur une fréquence variant de 40 à 10’000 Hz.

 

Les résultats:

La batterie de tests extrêmes fut terminée le 1er mas 1965.

  • Montre « n°1″: échoué 2 fois au test de l’humidité. Elle a ensuite cessé complètement de fonctionner lors du test des températures extrêmes.
  • Montre « n°2″: verre déformé puis désolidarisé du boitier lors du test de chaleur.
  • Montre « n°3 – Omega »: La seule montre à avoir réussi la totalité des tests sans broncher. Les testeurs de la NASA écrivirent à l’époque:

« Les tests opérationnels et environnementaux portant sur les trois chronographes sélectionnés sont terminés. Suite à ces tests, les chronographes OMEGA ont été calibrés et distribués aux trois membres de l’équipage GT-3 (Gemini Titan III) »

C’est à partir de ce moment là précis que la Speedmaster devient la seule montre approuvée pour la totalité des vols habités de la NASA.
Un communiqué de cette même date spécifiait que:

 » … les astronautes montrent une préférence unanime pour le chronographe OMEGA par rapport aux deux autres marques à cause de sa plus grande précision, de sa meilleure fiabilité et de sa facilité d’opération « .

 

La petite touche humour est que le fabricant Omega n’était pas au courant de tout ça. Ils n’ont appris cette nouvelle que lorsqu’ils ont vu une publication montrant Ed White (Gemini 4) durant la première sortie spatiale au monde en juin ’66.

 

Première montre sur la lune.

Ce fût lors du voyage lunaire d’Apollo 11 que cette montre acquit le surnom de Moonwatch. Le 21 juillet 1969 à 02:56 (GMT) Neil Armstrong fut le premier homme à poser le pied sur notre astre, mais ne fut pas celui qui y a emporté la montre-bracelet.
En effet, sa Speedmaster est restée sur les tableau de bord du module lunaire. Le compteur électronique étant quelque peu défaillant, Armstrong a préféré y laisser sa montre par mesure de sécurité.
C’est don Buzz Aldrin qui le rejoint, 19 minutes plus tard, sur le sol lunaire avec au poignet, une Omega Speedmaster…. La légende venait de naître.

Buzz Aldrin avec sa Speedmaster au poignet

Plusieurs modèles sont sortis (donc plusieurs éditions Apollo), la montre s’est modernisé et à adopté un verre incassable en hesalite (polymère acrylique) et un boitier en acier inoxidable mais a gardé son look et son âme.

 

Après plus de 40ans, l’Omega Speedmaster fait encore et toujours partie de toutes les missions habitées programmées par la NASA et demeure la seule montre à avoir été sur la lune.

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sources: lacotedesmontres, omega, docs et correspondance NASA 1961-1965