Megaupload s'apprétait à diffuser gratuitement et légalement du contenu multimedia.

Comme pour le décès d’une star ou d’un personnage publique, les théories du complot vont bon train concernant la fermeture de Megaupload et l’arrestation de ses dirigeants, Kim Dotcom en tête.

Une drôle de rumeur se répand sur la toile, relayée par plusieurs médias qui s’interrogent : la fermeture du site de téléchargement n’aurait pas été motivée par ses contenus illicites, les violations des droits d’auteurs ou encore les agissements malhonnêtes de ses dirigeants, ce qui correspondrait à énormément d’autres entreprises du même genre. La raison serait toute autre.

Un modèle économique alternatif

Les projets des fondateurs de Megaupload étaient de transformer leur plateforme de téléchargement pirate, en la rendant légale. Histoire de gagner encore plus d’argent, on n’en doute pas, personne n’imaginant qu’il s’agisse d’anges vertueux.. Mais, le 21 décembre, Digital Music News annonçait que Megaupload allait lancer Megabox, un service de téléchargement gratuit et légal de musique.

Ce service, essentiellement rentabilisé par les publicités des annonceurs alléchés par le nombre gigantesque de visite quotidiennes sur le site, aurait permis de se servir dans un « stock » de plusieurs millions de titres. En échange, Megaupload aurait versé les droits aux auteurs concernés, les rétribuant même à auteur de 90% du revenu ainsi généré. Proportionnellement au téléchargement de leurs titres, évidemment.

Megabox

Qui aurait alors été les grands perdants ? L’industrie du disque, les « majors », les associations de droit d’auteur, bref tous les intermédiaires qui aujourd’hui s’enrichissent beaucoup plus que les artistes eux-mêmes. De quoi faire frémir tous les labels, les lobbies, et de rendre complètement obsolètes les lois de censure d’Internet telles qu’Hadoppi, Sopa, Pipa ou encore Acta. I-Tunes lui-même aurait été mis très à mal.

« Universal Music Group sait que nous allons rivaliser avec eux en lançant notre propre plateforme de musique en ligne. Un site qui permettra bientôt aux artistes de vendre leurs créations directement aux internautes tout en permettant aux artistes de récupérer 90% des revenus », indiquait en décembre dernier, Kim Dotcom, le fondateur. Et d’ajouter « Oui c’est vrai, nous paierons les artistes même pour des téléchargements gratuits. Le modèle économique de MegaKey a été testé sur un million d’utilisateur, et ça marche ». « Vous pouvez d’ores et déjà vous attendre à des annonces sur MegaBox l’année prochaine, dont des accords avec des artistes désireux de s’écarter des modèles économiques obsolètes », concluait-il.

Megabox (Bêta)

Sérieux ou pas sérieux ce projet ?

Megaupload en avait les moyens. 180 millions d’abonnés, 50 millions de visiteurs par jour, soit 4% du trafic quotidien mondial sur Internet, 135 millions d’euros récupérés au moyen des abonnements des internautes et des revenus publicitaires, rien que ça.

Megabox aurait servit de plateforme pour les œuvres musicales, Megamovie pour les films.

Les partenaires de Megabox

Quant au projet lui-même, de grands acteurs économiques en étaient les partenaires :

  •  Gracenote, spécialisé dans les technologies et le multimédia, appartenant à Sony, développeur d’application pour les téléphones Sony-Ericsson ou AT&T, mais aussi dans l’automobile, fournissant des applicatifs à Ford, Smart ou Mitsubishi. Cerise sur le gâteau, des modules de I-Tunes sont également de Gracenote, que l’on retrouve lié à certaines fonctions de Yahoo ou Google … et même dans des lecteurs de dvd de LG.
  •  7 Digital, spécialisé dans les plateformes de vente en ligne de contenu musical, présent dans 37 pays et mettant à disposition les plateformes de téléchargement pour Samsung, Research In Motion, HP, Universal Music, EMI, Warner Music, Sony, Toshiba, Ubuntu, et P&G. Samsung, Toshiba et Sony font également appel à leur service. Comme pour Gracenote, il y a de forte chance qu’il y ait du 7 Digital dans votre Smartphone ou votre ordinateur. Last.fm ou Songbird, pour ne citer qu’eux.
  •  Amazon, qu’on ne décrira pas, tellement le site est devenu incontournable.
  •  Rovi, dans le domaine également du multimedia, mais aussi  de la distribution publicitaire.

Bref, que du très sérieux, pas l’image d’entreprises qui se lanceraient au hasard dans n’importe quelle aventure.

Un problème de dirigeants

Un projet  qui ne semble donc pas pouvoir être remis en question. De plus, Megaupload se serait efforcé à mettre en place un système pour permettre aux ayants droits de retirer les œuvres leur appartenant et qu’ils n’auraient pas désirés être présentent sur le site. Un peu l’impression Dotcom et ses acolytes essayaient de se refaire une image un peu plus morale.

Kim Dotcom le principal dirigeant de Mega

Le train de vie de l’équipe à fait quant à lui couler beaucoup d’encre. Admettons tout de même que si nous nous intéressions au cadre de vie des dirigeants d’Universal Music (par exemple) nous constaterions certainement qu’ils possède de belles choses … et pourtant, eux-non plus ne gagnent pas d’argent en jouant d’un instrument.

Reste les personnages. Rumeur ou pas rumeur, l’acte d’accusation énumère quand-même des faits graves, comme l’extorsion, ou le blanchiment d’argent. Personne n’ignore que, d’accord ou pas d’accord avec le principe actuel du droit d’auteur, les fichiers hébergés sur les sites de Mega l’étaient en violation de plusieurs lois.

Voilà ce qui peut-être dit sur cette rumeur. Le jugement, l’avenir et peut-être d’autres révélations, à leur charge ou dans le sens contraire, nous permettrons, il faut l’espérer, de se faire une opinion plus nette.