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Comme vous le savez certainement, la France a perdu son triple A ce week-end. Comme vous le savez moins certainement, car l’info a été occultée par la perte du triple A, la Grèce a quant à elle eu de gros soucies avec les banques qui négocient sa dette. En effet, celles-ci devaient entrevoir la possibilité de faire disparaitre 50% de la créance grecque et accorder un remboursement à des taux raisonnables. Sauf que les banques ont simplement claqué la porte ce week-end en quittant la table de négociation!

Autant dire que sauf miracle, la Grèce est sur le chemin de la Russie de 98 et de l’Argentine de 2002…soit à très court terme une mise en faillite pour cessation de payement!

C’est donc dans cette atmosphère lourde sur le plan économique, et qui sent le sapin pour l’Europe et son euro que Jaques Sapir sort aux éditions SEUIL son livre intitulé: Faut-il sortir de l’euro? La question est posée, et le livre tente d’y apporter des réponses, mais le fait-il bien?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut préciser qu’une idée qui était un vrai tabou intellectuel il y a quelques mois, semble de plus en plus être une finalité inévitable maintenant.

Parler d’une sortie de l’euro, d’un échec économique au sauvetage de la Grèce, était considéré comme des idées pour le moins farfelues, quand elles n’étaient pas taxées d’extrémisme. (du fait qu’un des piliers argumentatifs du FN est le retour au franc).

Au vu des événements actuels, la lecture de ce livre se fait avec un œil neuf et une oreille peut-être plus attentive.

Quatrième de couverture:

Comme vous l’avez compris, ce livre est une analyse économique sur les enjeux d’une sortie de la zone euro pour la France, et d’autres pays.

Voici comment est présentée la chose sur le résumé du livre:

De la Grèce à l’Italie, en passant par l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, la zone euro est en feu. La monnaie unique censée nous protéger se révèle un piège dangereux. Tout cela avait été prévu, car les défauts structurels de la zone euro étaient notoires et bien connus des économistes.

L’Histoire dira la responsabilité de nos gouvernements qui, par idéologie, par conformisme et parfois aussi par lâcheté, ont laissé la situation se dégrader jusqu’à l’irréparable. Elle dira aussi l’immense culpabilité de ceux qui ont cherché à imposer une Europe fédérale en contrebande, par le biais de la monnaie unique, à des peuples qui n’en voulaient pas. Aujourd’hui, c’est aussi une certaine conception de l’Europe qui agonise. La crise actuelle solde à la fois les erreurs d’une financiarisation à outrance et la faute politique que furent le traité de Lisbonne et le déni de démocratie qui suivit le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005.

Faut-il, dans ces conditions, sortir de l’euro ? Ce livre tente de répondre à cette question. Il se propose d’examiner la crise actuelle, de mettre en évidence tant ses origines que la conjonction de politiques particulières qui l’ont rendu inévitable. Il entend montrer au lecteur comment nous en sommes arrivés là, à partir des espoirs ? pour certains réels et pour d’autres imaginaires ? qui avaient été mis en l’euro à l’origine. Il se propose enfin de montrer les solutions possibles qui s’offrent à nous, et d’évaluer objectivement si nous avons un intérêt à rester dans l’euro.

Le ton est donné, au moins on sait de façon assez claire ce que l’on va trouver dans cet ouvrage.

Le livre:

Ce livre de 192 pages est divisé en trois gros chapitres.

  1. Voyage aux sources de l’euro: Qui nous explique l’histoire de la monnaie unique, de sa création à aujourd’hui. Pour autant, l’auteur ne se contente pas de nous donner des faits historiques. Il va nous distiller des informations et des analyses sur chaque événement, nous préparant ainsi au chapitre suivant tout en nous expliquant l’histoire de l’euro de sa face publique aux coulisses de son histoire.
  2. L’Europe au risque de l’euro: Dans ce deuxième chapitre, l’auteur pointe les risques et autres problèmes qu’engendre la monnaie unique. Il nous montre cela de différentes façons, en appuyant ses arguments par beaucoup de références et en expliquant les autres pistes qui auraient pu être envisagées.
  3. Les conséquences de la crise et les stratégies possibles: Dans ce chapitre final, avant la conclusion, Jacques Sapir va nous donner sa vision sur ce qui risque d’arriver, sur les meilleures options, selon lui, que l’on a pour régler le problème et sortir de cette crise de l’euro.

Le livre est écrit de façon simple et accessible à tous, que vous soyez férue d’économie ou un total néophyte, vous arriverez à comprendre ce bouquin qui se laisse lire facilement.

On a maintenant compris de quoi il parle, on peut alors se demander…

On en pense quoi?

Quand on fait la critique d’un livre, il faut rester objectif et prendre le recul nécessaire pour que ses idées et pensées n’interfèrent pas sur le bilan que l’on va tirer de l’ouvrage.

Ici, la difficulté était un peu plus accentuée pour deux raisons.

La première, c’est que cet ouvrage nous livre une analyse économique d’une actualité brulante, vu que nous la vivons en direct. Sortit cette semaine, le livre nous donne des références et des faits qui se sont passés en octobre 2011, autant dire que l’actualité de ce bouquin colle parfaitement à celle que nous vivons à l’heure actuelle.

La deuxième, étant ma position géographique. En effet, habitant en Suisse, je suis voisin de la France et vie avec ce pays au quotidien, mais cela veut aussi dire que je vie dans un pays d’Europe qui n’est pas entré dans la communauté européenne et qui a gardé sa monnaie.

Pour autant j’ai commencé cette lecture avec le cœur léger, voulant découvrir cet ouvrage avec l’œil curieux, mais avec le moins d’influence possible.

Comme précisé plus haut, la lecture de ce livre est aisée et malgré quelques termes techniques (expliqué) et quelques démonstrations un peu difficiles à saisir pour un néophyte en économie, ce livre est vraiment accessible.

L’auteur appuie son argumentation par beaucoup de références (un peu trop?), mais c’est l’apanage de ce genre de littérature.

Au fil de notre lecture, on comprend bien le point de vue de l’auteur qui parfois a même tendance à un peu se répéter.

Pour autant, ces répétitions ne peuvent pas être vues comme pénibles ou inutiles, vu qu’elles arrivent le plus souvent à point nommé pour étayer une argumentation ou pour que l’on puisse comprendre avec facilité ce que veut nous expliquer Jacques Sapir.

En bref, si on est curieux et que l’on a envie de s’informer sur l’économie, et plus particulièrement sur l’avenir de la zone euro, c’est un livre qu’on prendra beaucoup de plaisir à parcourir.

Mais pour autant, est-ce que l’on peut partager l’avis de l’auteur, ou faut-il lire ça de loin et d’un œil amusé?

Je vais me permettre de donner mon avis tranché dans la…

Conclusion:

Si Jacques Sapir avait sorti ce texte en 2006, tout le monde l’aurait pris pour un extraterrestre. Bien qu’il ait fait une telle analyse de la chose il y a déjà fort longtemps, personne n’aurait pu croire que sa vision d’avenir puisse être possible.

Pourtant, il faut bien avouer qu’en ce début d’année 2012, avec la France qui vient de perdre son triple A, la Grèce qui est à deux doigts de faire faillite, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et ‘Irlande qui s’engagent dangereusement sur le même chemin, on peut légitiment se poser des questions sur la solidité sans faille de la zone euro qu’on nous « vend » depuis de nombreuses années.

On ne peut que laisser la porte ouverte au livre de Jacques Sapir et à ses analyses qui semblent être bien plus justes que tout ce qu’on nous a affirmé jusqu’ici sur la solidité et le protectionnisme de la zone euro.

En tout état de cause, au vu de ce que nous vivons, je ne peux que vous conseiller vivement de vous offrir ce livre qui vous fera voir les événements actuels d’un autre oeil!

En un mot, un ouvrage à ne pas rater!