Ce matin une dépêche AFP m’a réveillé très tôt (il était 6h34 car j’ai la mauvaise idée de les faire arriver sur mon iPhone).

La nouvelle était à la fois normale et étonnante!

Voici ce qu’on pouvait y lire…

lundi 30 mai 2011 04:34

L’Allemagne, première grande puissance industrielle a renoncé à l’énergie nucléaire, a décidé lundi de fermer ses derniers réacteurs en 2022, en réaction à la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Au terme de plusieurs heures de négociations, les membres de la coalition gouvernementale se sont mis d’accord pour que la plus grande partie des 17 réacteurs allemands soient mis hors service d’ici fin 2021.

Les trois plus récents continueront de fonctionner jusqu’à fin 2022, a détaillé le ministre de l’Environnement, Norbert Röttgen, qui a qualifié cette décision d’ »irréversible ».

Les sept plus anciens réacteurs du parc allemand avaient déjà été déconnectés du réseau de production d’électricité, dans l’attente du résultat d’un audit commandé par la chancelière Angela Merkel mi-mars, à la suite de la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima. Ces sept sites, ainsi qu’un huitième, sujet à des pannes à répétition, ne seront plus réactivés, a ajouté le ministre.

L’Allemagne devra trouver d’ici fin 2022 comment produire 22% de ses besoins en électricité, actuellement couverts par ses centrales atomiques.

Le gouvernement devra formaliser sa décision le 6 juin. Mme Merkel a déjà pris l’initiative inhabituelle de recevoir dans la nuit les chefs de l’opposition pour s’assurer de leur soutien. En décrétant la fin du nucléaire civil pour 2022, Mme Merkel revient sur l’une des mesures les plus fortes de son début de deuxième mandat, qui était aussi l’une de ses principales promesses de sa campagne pour les législatives de l’automne 2009.

Fin 2010, elle avait fait voter, contre sa propre opinion publique, un prolongement de 12 ans en moyenne de la durée légale d’exploitation des réacteurs du pays, qu’un gouvernement précédent sociaux-démocrates et Verts avait décidé d’arrêter en 2002. Mme Merkel avait ainsi provoqué une flambée du sentiment anti-nucléaire en Allemagne, qui s’est traduit par des vagues de manifestations massives, dont la dernière en date, samedi, a rassemblé 160.000 personnes dans 20 villes du pays.

Mais le tournant a été la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima en mars. Mme Merkel avait immédiatement arrêté les centrales les plus vieilles et lancé une réflexion sur l’abandon du nucléaire civil. Le 23 mars, la chancelière avait même déclaré « plus tôt on sortira de l’énergie atomique, mieux ce sera ».

Cette volte-face avait été largement interprété comme une manoeuvre opportuniste et n’avait pas suffit à empêcher une cuisante défaite le 27 mars lors d’un scrutin régional dans le Bade-Wurtemberg (sud-ouest), fief électoral des conservateurs de la chancelière, qu’ils dirigeaient depuis près de 50 ans. Ils y avaient été chassés du pouvoir par les Verts, un parti né du mouvement antinucléaire, qui ont pris pour la première fois les rênes d’une région.

Le gouvernement de Mme Merkel va cependant devoir composer avec la grogne prévisible du puissant lobby nucléaire allemand, qui n’hésite pas à agiter le spectre de gigantesques pannes d’électricité, notamment l’hiver. Tout sera fait « pour que la sécurité de l’approvisionnement soit assurée à chaque heure et pour tous les utilisateurs », a tenté de rassurer le ministre de l’Environnement, lors de sa déclaration lundi.

La révolte, menée par les géants EON et RWE, risque d’être d’autant plus forte que le gouvernement allemand n’a finalement pas renoncé à la taxe sur le combustible nucléaire, créée en échange d’un allongement de la durée d’exploitation des réacteurs.

© 2011 AFP

On en était donc là, après la Suisse qui a officiellement annoncé la semaine passée sa sortie définitive du nucléaire pour 2034, c’est au tour de l’Allemagne de lui emboîter le pas.

Bien entendu, dans un cas comme dans l’autre on peut suspecter une manœuvre politique.

Pour l’Allemagne, comme le dit la dépêche AFP, l’enjeu pour la chancelière au pouvoir est de se faire bien voir auprès de ses électeurs.

En Suisse, la donne est plus compliquée, car, contrairement aux autres pays, le Conseil Fédéral n’a pas tout pouvoir et ne peut donc prendre une telle décision sans que cela finisse par être soumis au peuple qui devra se prononcer en votant.

Effet boule de neige?

On peut légitimement se poser la question, est-ce que ces deux décisions vont entraîner dans leur sillage le même genre de déclarations dans d’autres pays?

En réalité, il y a peu de chance que tout ça provoque une réaction en chaîne.

En effet, au-delà de l’effet d’annonce, il faut prendre un certain recul.

La Suisse par exemple, petit pays s’il en est, produit tout de même 40% de son électricité grâce à ses centrales nucléaires.

Bien entendu, étant un pays de montagnes, compenser le manque par de l’énergie hydraulique est possible, pour le reste ils pourront toujours acheter à l’étranger ou compter sur un bond des technologies d’ici à 25ans.

Pour l’Allemagne c’est plus délicat, non pas réellement par leurs besoins, car le nucléaire représente seulement 22% de la production, mais bien pour le poids que va faire peser sur les épaules du gouvernement les grosses sociétés qui gèrent ces centrales soutenues, pour pas mal d’entre elles, par le gouvernement français.

De plus, le délai est très court, à peine plus de 10ans pour une sortie complète.

La France qui produit plus de 85% de son électricité grâce au nucléaire ne va certainement pas suivre son « allié » allemand, et au contraire s’arranger (en coulisse) pour éviter que certain de leurs voisins prennent le même chemin, et que l’effet domino ne commence.

N’oublions pas que beaucoup de centrales nucléaires dans le monde sont françaises!

Et n’oublions pas non plus qu’à l’heure où j’écris ces lignes, nous n’avons que très peu d’alternatives au nucléaire qui soit « rentable » et qui produise assez.

Peur de l’atome et amalgames…

L’effet Fukushima a du bon, car il fait réfléchir sur notre avenir face au nucléaire.

Quand un poids lourd comme l’Allemagne annonce officiellement sa sortie complète de cette énergie, il y a forcément un impacte, d’autant que le public est de plus en plus craintif vis-à-vis de cette technologie et souhaite réellement s’en passer.

On peut donc espérer qu’à plus ou moins court terme ne plus voir de centrale à fission.

Pourtant, j’ai pu constater que beaucoup de personnes ne connaissent que très peu cette technologie qui leur fait peur.

J’avoue, personnellement, avoir une certaine crainte sur un possible amalgame.

En effet, on peut imaginer que dans une quinzaine d’années les premières centrales à fusion nucléaire puissent voir le jour.

Ces centrales sont extrêmement propres et ne présentent aucun risque.

En effet, la grande difficulté de la fusion est justement de maintenir la réaction, qui s’arrête instantanément à la moindre variation.

En cas de problème, quel qu’il soit, la fusion s’arrêterait immédiatement sans que de la matière radioactive ne soit libérée!

Avec cette technologie, un simple verre d’eau pourrait éclairer une petite ville pendant une nuit…

Mais si dans un scénario où la peur de l’atome aura pris le pas, comment faire accepter une telle technologie?

Conclusion:

Le début de la fin du nucléaire tel qu’on le connaît a été initié par une terrible catastrophe qui va marquer le Japon encore de nombreuses années.

Dans ce malheur ressort un effet positif, l’envie de s’éloigner d’une technologie peu sûre qui produit des déchets que l’on ne sait pas encore traiter$¨!

Ceci est sans aucun doute une très bonne chose!

Pour autant, il faudra garder du recul et ne pas dire non d’emblée à un futur procédé qui utiliserait la puissance des atomes…