« Avoir des enfants n’est pas seulement une affaire de femmes mais de sociétés » Christianne Corbeil

La question d’avoir ou non des enfants relève à première vue d’un choix individuel. Or lorsque l’on se penche sur la question, on constate qu’il n’en est rien. Pour une femme la décision de devenir mère est guidée par des facteurs aussi complexes que l’héritage sociologique, le domaine de la natalité du pays où elle réside, le contexte familiale, la culture, la religion etc …

 

D’autant plus que le sujet de la maternité touche à un domaine essentiel pour la femme et pour la façon dont on la perçoit. En effet de la capacité qu’une femme possède d’engendrer dépend l’avenir de l’humanité ! Cet attribut physique a marqué, façonné même, la place de la femme dans l’évolution des sociétés et des mentalités depuis les mythes les plus anciens.

 

Un exemple, si l’on vous demande qu’elle fut la première femme de l’humanité la réponse fuse : Eve. Eve compagne d’Adam. Ayant pour caractéristique d’avoir enfreint la loi divine et condamné ainsi l’humanité à être chassé du paradis. La faute de l’humanité reposerait sur les épaules d’une femme ! ( sujet sur lequel on pourrait parlementer durant des heures car il est simple et rapide d’oublier qu’elle a tout autant été influencée qu’Adam mais passons, ce sera l’objet d’un autre article… )

 

 

Maintenant on peut confronter cette image à celle de Marie, la vierge Marie qui donna naissance à Jésus dans une immaculée conception. En tant que mère et surtout en tant que femme s’étant soumise à la volonté divine elle put entreprendre l’Assomption, fête que l’on contribue à célébrer tous les 15 août.

 

La vierge Marie rachète en quelque sorte le pêché d’Eve en enfantant. Donc nous sommes en présence de deux femmes distinctes : schématiquement la pècheresse et la mère. Comme si une femme ne pouvait avoir le choix qu’entre ces deux destins : la fautive et la mère idéalisée. Et finalement quelque part cette vision s’inscrit durablement dans les mentalités.

 

Aujourd’hui on peut se demander si réellement une telle vision de la femme, quoique extrême, n’est plus d’actualité, quelle place peut avoir une femme sans enfant dans une société qui glorifie littéralement la maternité ? Comment est encore considéré une femme qui fait le choix de ne pas enfanter ?

 

Il s’agit tout d’abord de différencier les « childless women » des « childfree women ». Les childless sont des femmes sans enfants qui n’ont pas pu en avoir du fait d’une cause indépendante de leurs volontés, cause physique par exemple. Ces femmes ressentaient le désir d’enfant mais n’ont pu en avoir. Ce qui constitue pour elles un regret.

 

A l’opposé il y a ce que l’on nomme les « childfree women », des femmes qui ont choisis sciemment et pleinement de ne pas avoir d’enfants et qui vivent ce choix sans contrainte et sans regret jusqu’à la fin de la leur vie.

 

C’est sur cette deuxième catégorie que je vais m’attarder car ce sont ces femmes qui semblent poser problème à la société. En effet les childfree women témoignent souvent de l’incompréhension dont elles font l’objet vis-à-vis de leurs entourages. Le questionnement et la surprise laisse automatiquement place à un discours moralisateur : « tu verras lorsque tu trouveras la bonne personne tu changeras d’avis » « si tu n’as pas d’enfant tu finiras seule, personne ne sera là pour s’occuper de toi durant ta vieillesse » « c’est un peu égoïste non ? Quand tu penses à toutes ces femmes qui rêveraient d’en avoir et qui ne peuvent pas ! » Et bien d’autres encore….

 

 

La vérité est que malgré les avancées du courant féministe et la libéralisation du travail des femmes, on continue de définir la féminité par la capacité à devenir mère. Mais quand est il des femmes ne pouvant ou ne voulant pas avoir d’enfants ? Sont-elles encore des femmes aux yeux de la société? D’autant que le XX puis le XXI ème siècle sont des décennies ayant véritablement glorifié la maternité.

 

Une femme enceinte est symbole d’épanouissement et de bonheur. La future mère, dans les images du quotidien, irradie de plaisir à chaque seconde et paraît toujours aussi sereine que Gandhi. Ce qui va de pair avec le mythe de l’instinct maternel qui veut que dés la naissance du bébé toute femme sache de façon inné comment s’y prendre avec son bébé.

 

 

Hahaha, comme je l’ai dit cette vision de bonheur absolue et de super maman est une construction moderne de la femme. Construction qui paradoxalement a vu le jour pour inciter les femmes a retourner au foyer s’occuper de leurs enfants plutôt que d’essayer de prendre de la place dans le monde du travail ! Il suffit de remonter un peu plus en arrière pour mettre à bas de tel mythe ! Au XVIII siècle, aussitôt l’enfant né, les femmes envoyaient leurs marmots en nourrice à la campagne et ne les revoyaient qu’une fois l’an pour s’assurer de leurs bonnes éducations. De quoi porter un sérieux coup au mythe de l’instinct maternel ! Les médecins eux mêmes conseillaient aux mères de ne pas s’occuper de leurs enfants au risque de les gâter et d’en faire des adultes déplorables !

 

Dans le temps il n’existait pas de moyens fiables de prévenir une grossesse, aujourd’hui les filles ont la pilule, les moyens de contraception et le cas échéant : l’avortement. Aussi le fait de mettre au monde un enfant découle d’une volonté assumée et d’un choix réfléchie. Les femmes veulent un enfant à un moment donné de leur vie, de leur couple et de leur carrière, plus droit à l’erreur. Ce qui pose véritablement la question du désir d’enfant. Si une femme ne ressent pas le besoin de mettre au monde, si elle s’épanouit dans d’autres facettes de sa vie, n’aurait t-elle pas le droit de rester « femmes sans enfants ».

 

Avoir un enfant doit-il se transformer en diktat de la société ? Né fille, tu te dois de devenir mère ?! La question est choquante mais au fond c’est ainsi qu’est perçue la maternité, une étape obligée dans la vie de toutes femme. Au risque de créer plus tard des conséquences désastreuses dans la vie de ces mères et de leurs enfants !

 

 

La maternité domaine individuel ? A l’évidence non, mais existe t-il encore des domaines de nos vies qui le soient ?

 

Sur ce…