Comme vous l’aurez constaté, nous voilà en pleine saison des carnavals. Mais je ne vais pas vous parler ici du carnaval de Rio, ni du carnaval de Venise. En bonne ch’ti d’origine, je vais bien sûr vous parler du carnaval de Dunkerque, le plus coloré et le plus déjanté de France. Prêts pour l’aventure ?

Un peu d’histoire

Le carnaval de Dunkerque est une tradition qui remonte à bien longtemps. Les origines de ce rassemblement sont assez floues, et seraient tirées des pratiques festives et religieuses des jours gras. Dunkerque étant un port, les pêcheurs s’en allaient pêcher en Islande pendant 6 mois. N’étant pas sûrs de survivre à cette pêche, l’armateur leur offrait un repas ou une fête. Au fil des décennies, bien que les armateurs se soient ensuite désengagés de cette coutume, cette fête est devenue un rendez-vous incontournable. Les habitants ont pris l’habitude de se rassembler et de s’amuser en défilant déguisés dans la rue. Des bals aussi accompagnent les carnavals.

Le carnaval aujourd’hui

De nos jours, la tradition perdure. Pendant 2-3 mois (de janvier à fin mars), les habitants de Dunkerque et ses alentours (la majorité du moins…) pensent, respirent, mangent et vivent carnaval. Petit passage en revue de toutes les étapes du carnaval.

Les déguisements sont recherchés et customisés des mois à l’avance et le maquillage est choisi minutieusement pour être parfait le jour J. Les carnavaleux sont assez excentriques, mais au cours des siècles précédents ils ne l’étaient pas autant que maintenant. Généralement, beaucoup d’hommes sont déguisés en femmes : fausse poitrine, corset, mini jupe, jarretelles ou collants résille classique ou fluo pour plus de fantaisie, et surtout manteau en fausse fourrure et maquillage à outrance. Autant dire que le ridicule ne tue pas ! Par contre pas de talon, mais de grosses chaussures avec de grosses chaussettes. Pourquoi ? Vous comprendrez par la suite, suspense. Il n’y a pas de limite concernant les déguisements, tout le monde met ce qu’il veut. Autre accessoire indispensable, le parapluie pour les hommes, les plumeaux pour les femmes, ou vice-versa peu importe. Dernier objet typique du déguisement : le chapeau à fleur, confectionné avec soin.

La bande : Ce qu’on appelle la bande, c’est le défilé des carnavaleux dans la ville. Il n’y a pas que les hommes qui font le carnaval. Il y a bien sûr des femmes aussi qui y participe, des ados, des vieux, il n’y a pas de limite d’âge. La bande est menée par un tambour-major qui dirige les musiciens. Eh oui, pas de carnaval sans chansons. Cette bande est ponctuée de chahuts, moments où l’orchestre joue une chanson entraînante, et les premières lignes se bloquent et retiennent la foule pendant que les lignes suivantes poussent et sautent. Autant dire que c’est assez physique, d’où le port de chaussures assez résistantes.
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Si quelques carnavaleux veulent faire une pause, ils peuvent faire chapelle, c’est-à-dire aller chez des gens qu’ils connaissent ou non. Ils sont accueillis chaleureusement et reprennent des forces avec de soupe à l’oignon, une bière ou du potjevleesch, un plat de la région. S’ils ont un petit creux, il y a aussi les baraques à frites.

Puis vient le moment où la foule se réunit devant l’hôtel de ville pour le traditionnel jeter de hareng. Du balcon de la mairie, le maire jette des centaines de harengs fumés (emballés bien sûr), et des homards en plastique. Ceux qui attrapent les homards peuvent les échanger contre un vrai !
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Puis le défilé reprends avec ses chants et ses chahut, jusqu’au soir, où la bande se finit sur le rigodon final. Il se déroule sur la place Jean Bart, (Jean Bart est un célèbre corsaire, et aussi la fierté de Dunkerque). Les gens tournent, dansent et chantent, jusqu’à la fin où ils entonnent La cantate à Jean Bart en se tenant par les mains.
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Mais les festivités ne finissent pas là. Il n’y a pas que la bande de Dunkerque, il y a aussi celles des villes et villages alentours. Il y a également des bals qui se déroulent, pour les principaux, au Kursaal, la salle de spectacle de Dunkerque. Bien que ce soit payant, les carnavaleux se pressent toujours pour continuer la fête jusqu’au bout de la nuit.

Le rôle social du carnaval

Le carnaval à Dunkerque est une véritable institution. C’est le plus grand événement de l’année. Dès le plus jeune âge, on apprend à faire le carnaval, que ce soit à l’école, dans le quartier ou en famille. Il y a même le bal enfantin qui se déroule dans la même salle que ceux des adultes. Il existe aussi un concours ouverts aux jeunes de 4 à 15 ans, Dessine ton carnaval, où le gagnant a le privilège de voir son dessin devenir l’affiche du carnaval.

Le carnaval devient un moment où les barrières sociales tombent. Des personnes qui ne se côtoient pas dans la vie font la bande ensemble, boivent, s’embrassent, dansent et chantent sans se soucier de la position sociale de l’autre. Le carnaval est aussi un moyen de décompresser et d’oublier les tracas de la vie. Tout ça a l’air bien fou, mais il y a bien sûr des règles à respecter.
Pour en savoir plus sur le carnaval, rendez vous sur le site de la ville de Dunkerque : www.ville-dunkerque.fr

Show »

Si vous aussi vous voulez vous amuser d’une façon originale, ou simplement le regarder par curiosité, il n’est pas trop tard. La bande de Dunkerque se déroulera le dimanche 6 mars. Allez-y, vous y serez chaleureusement accueillis. Alors, à vos costumes !

Sources photos : www.ville-dunkerque.fr