Le 31 octobre dernier, l’attaque la cathédrale Notre Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad, par un commando islamiste faisait 53 morts et une soixantaine de blessés. Un signe d’une rare violence qui doit attirer notre attention sur la situation des 20 millions de chrétiens vivant au Moyen-Orient et qui, de plus en plus, sont la cible des extrémismes locaux.

La majorité des communautés chrétiennes du Moyen Orient sont fragiles, à la recherche d’un moyen de survie. Le conflit israélo-palestinien, les guerres, les états religieux, la situation économique dramatique de la région et l’islamisation radicale augmentent, chaque jour, le nombre de ces chrétiens arabes qui préfèrent fuir la région plutôt que continuer à risquer leur vie en attendant l’improbable concrétisation des promesses de paix.

Coptes, maronites, chaldéens, melkites, etc. Tous ces groupes sont aujourd’hui menacés. Considérés comme des « cibles légitimes » par Al Quaeda.

En Irak particulièrement, la situation s’est dramatiquement aggravée depuis la chute de Sadam Hussein. La monarchie n’est plus là pour écraser d’une main de fer toute revendication d’identité collective. Les chrétiens ont été les premiers à subir les conséquences négatives de cette liberté retrouvée. Prêtres et fidèles assassinés, églises attaquées, femmes enlevées…la liste des exactions est longue…mais moins que le temps de réaction des « démocratie occidentales« .

Un autre exemple, moins sanglant pour le moment: en Égypte, l’affaiblissement du régime et la montée des courants islamistes poussent les coptes vers les marges de la société. Exclus de fait du droit commun, ils sont soumis à une pression de plus en plus forte et de plus en plus violente. L’exode a commencé pour eux aussi.

Comment resté froid quand on apprend qu’au Pakistan, une chrétienne à été condamné à mort il y a quelques semaines parce qu’elle aurait blasphémé le prophète Mahomet?

Toutes ces communautés luttent depuis des siècles pour leur survie, faisant face aux persécutions, à la marginalisation et aux discriminations. Mais la crise irakienne, l’attitude générale du gouvernement Iranien qui se coupe du monde ainsi que la montée de l’islamisme ont aggravé la stigmatisation dont ces chrétiens sont victimes.

La présence chrétienne au Moyen Orient

Document tiré de Info Alternative Comprendre le Monde.

Sans faire de l’antériorité un argument définitif, il faut tout de même rappeler l’histoire de ces communautés chrétiennes: issus du judaïsme du premier siècle après J-C,  les chrétiens d’Orient ont implanté dans la région les première Églises de l’histoire de la chrétienté. Jérusalem, Damas et d’autres villes encore sont, depuis toujours, des lieux de cultes capitaux pour la foi chrétienne. Il n’est pas possible que ces Églises deviennent aujourd’hui des cibles habituels pour les fanatiques en tout genre qui entendent « purifier » la région de toute présence chrétienne.

La liberté religieuse est un facteur de paix fondamental. Sans elle il ne peut y avoir de paix sociale. Sans elle le conflit est inévitable. A l’heure où le monde occidental entend imposer, à grands coups de dollars, son modèle « démocratique » d’économique libérale, il est temps d’apporter un volet moral et responsable à cette démarche: Le Moyen-Orient est le berceau historique des trois grands monothéisme; le maintient de leur présence et de leur équilibre en ces lieux doit rester une priorité pour la communauté internationale. Sans cela, la frustration et la rancœur ne tarderont pas à avoir des conséquences dramatiques.

Au delà de nos clivages et de nos intérêts religieux, nous devons regarder l’humain qui meurt ici. Nous ne pouvons pas fermer les yeux lorsque des mouvements extrémistes cherchent à éradiquer une communauté toute entière.

Pour ceux qui souhaitent faire entendre leur voix, voici un lien vers une pétition en ligne qui vise à obtenir une action concrète de l’Etat français en faveur des chrétiens du Moyen Orient.

Voici enfin le message envoyé par les archevêques irakiens aux chrétiens de France. Il n’est pas nécessaire d’être chrétien ou Français pour se sentir concerné.

Notre Calvaire est lourd et il nous paraît long. Le carnage qui a eu lieu à la cathédrale Notre Dame du Perpétuel Secours de Bagdad, avec 58 morts, parmi lesquels deux jeunes prêtres et 67 blessés dont un prêtre, nous a profondément secoués. Nous perdons la patience, mais nous ne perdons pas la foi et l’espérance. Cet événement d’une telle ampleur qui se produit juste après la tenue du Synode nous choque encore plus. Ce dont nous avons besoin c’est de votre prière et de votre soutien fraternel et moral. Votre amitié nous encourage à rester sur notre terre, à persévérer et à espérer.

Sans cela nous nous sentons seuls et isolés.

Nous avons besoin de votre compassion face à tout ce qui vient toucher la vie des innocents, chrétiens et musulmans. Restez avec nous, restez avec nous jusqu’à ce que soit passé le fléau.

Que le Seigneur nous protège tous.

Le 2 novembre 2010

Mgr Athanase Matti MATOKA, archevêque de Bagdad des Syriens

Mgr Louis SAKO, archevêque de Kirkouk des Chaldéens

Mgr Emil NONA, archevêque de Mossoul des Chaldéens

Mgr Basile Geoges CASMOUSSA, arxchevêque de Mossoul des Syriens

Mgr Bashar WARDA, archevêque d’Erbil des Chaldéens