Ceci est une sphère.

La presse mondiale s’intéresse depuis quelque temps à Grigoriy Perelman, un phénomène des mathématiques. Le chercheur provoque d’une part le respect et de l’autre, l’incompréhension. En effet, le génie russe a résolu un problème mathématique sur lequel les scientifiques du monde se penchent depuis plus d’un siècle, mais il refuse toute reconnaissance, tout prix et tout argent que cela pourrait lui rapporter.

Son histoire n’est pas sans rappeler la fiction « Good Will Hunting », qui voit un petit délinquant de Boston – joué par Matt Damon – réaliser des exploits en mathématiques et attiser l’envie des grandes agences américaines, ni celle d’ « Un homme d’exception » – interprété par Russell Crowe – qui romantise l’histoire vraie de John Forbes Nash. Ce dernier avait même partagé un prix Nobel d’économie, une opportunité pour une mathématicien puisqu’il n’existe pas de pareille distinction dans cette branche. Son destin était toutefois tragique puisqu’il sombrait dans la schizophrénie et n’appris à vivre avec cette maladie qu’après 25 ans de travaille sur lui-même.

Revenons-en à Grigoriy Perelman. Complètement marginal, la presse et le monde des mathématiques le décrit comme un ermite et un puriste faisant preuve d’une grande humilité. Isolé à Saint-Pétersbourg, le chercheur vit sans se couper les cheveux ni les ongles et se nourrit de pain, de lait et de fromage. Et pourtant sa vie pourrait être très différente puisqu’il s’est vu décerné les plus grandes récompenses de la branche, qu’il a à chaque fois humblement refusé.

Son exploit est d’avoir résolu la conjecture de Poincaré, un problème portant sur la caractérisation des sphères en trois dimensions. La conjecture formulée en 1904 « stipule que si toute boucle sur une surface peut être fermée, comme un lasso à nœud coulant que l’on ferait glisser dessus, alors cette surface est équivalente à une sphère. Un lapin, par exemple (ou plutôt un lapin en chocolat, creux), n’est en fait qu’une sphère déformée. Ce n’est pas le cas d’un beignet (ou tore), à cause du trou central. » (Lucia Sillig, Le Temps – 08.07.10)

La solution de l’un des « sept problèmes du prix du millénaire », dont celui-ci fait partie, se voyait récompensée par un chèque d’un million de dollars que le chercheur s’est contenté de refuser pour des raisons de désaccord avec la communauté mathématique. Ce même scientifique avait refusé en 2006 la médaille Fields, le prix de mathématiques le plus prestigieux.

Les hommes d’exceptions existent encore et n’ont pas fini de nous surprendre dans un monde où l’argent et la reconnaissance sont rois. A rappeler peut-être à d’autres spécialistes des sphères…