Dimanche avait lieu une votation importante pour la Belgique. Depuis longtemps tiraillée entre des mouvements politiques et des langues différentes, le pays à la bannière noire-jaune-rouge n’a jamais été aussi proche d’une séparation.

Pour remettre l’église au centre du village, il est bon de savoir que la Belgique est divisée en trois zones linguistiques: les néerlandophones, les francophones et les germanophones. Ce sont ces deux premiers qui sont particulièrement au cœur de l’actualité. En effet, les néerlandophones ont longtemps été les ouvriers des francophones qui étaient les propriétaires terriens et dirigeants d’usines, mines, etc. Évidemment, modernisation oblige, ces derniers ont perdu une partie de leur pouvoir et les néerlandophones ayant dû se rediriger dans d’autres domaines que l’industrie sont devenus leader du secteur tertiaire dans le pays, leur conférant ainsi un pouvoir plus important.

Les Flamands (néerlandophones) représentent environ 60% de la population nationale pour environ 40% de Wallons (francophones). La majorité veut donc imposer sa langue sur la minorité, c’est aussi un geste revendicateur contre un passé difficile. Elle l’a encore prouvé dimanche en votant massivement pour le candidat de droite Bart de Wever, pro-séparatiste. Cela confirme une tendance européenne à un retour du nationalisme identitaire avec la montée en puissance de certains mouvements de droite, souvent symbole d’un mécontentement fort au régime actuel. Il n’y a là rien d’étonnant dans un pays qui n’arrive plus à émerger politiquement, rappelons tout de même que la Belgique est actuellement sans gouvernement et se retrouvera à la présidence de l’Union européenne dans… deux semaines!

Bien sûr ce n’est pas la seule ombre au tableau, les francophones dans le cas d’une séparation se retrouvent dans une situation compliquée. Déjà Bruxelles passerait en Flandre, mais il est loin d’être certain que le nouvel état pourrait s’auto-gérer économiquement. Certains parlent d’un rattachement à la France, mais évidemment il est trop tôt pour savoir si ce serait viable et qu’elle serait l’acceptation des Français et des Belges à un tel rapprochement.

Et s’ils n’étaient pas les seuls?

La Belgique n’est pas le seul pays à posséder plusieurs langues, ce cas pourrait également se voir dans d’autres pays. Je pense notamment à la Catalogne qui revendique depuis longtemps une autonomie de l’Espagne, au Québec qui veut se séparer du Canada ou à un cas qui m’est beaucoup plus proche, la Suisse.

Après tout, la Suisse c’est quatre langues, deux religions officielles et une barrière politique bien marquée. Les germanophones qui représentent environ 63,7% de la population a une tendance plus à droite que les francophones (20,4%), ceux-ci n’ont donc pas souvent leur mot à dire. La Suisse allemande pourrait se séparer de la Suisse romande, une catastrophe pour cette dernière qui n’a que peu d’industries et de services. Heureusement cela ne semble pas au cœur de l’actualité, mais pourquoi la Suisse est-elle épargnée? Je n’ai pas de réponse à cela, que des hypothèses, peut-être sommes-nous unis dans notre neutralité et notre non-européanisation. Peut-être que la Suisse allemande ne peut pas se passer de Genève l’internationale. De sûr les Romands ne pourraient pas survivre seuls, ils devraient donc se rattacher à un autre pays, la France, et je ne crois pas que cela ferait l’unanimité. Je ne pense pas non plus que les Français le voudraient, la Suisse reste un atout financier pour des nombreux travailleurs frontaliers pour qui ça serait une catastrophe de voir un équilibrage des salaires.