D-Day (Boston Big Picture)

Petit retour sur un événement bien connu dans les grandes lignes, mais qui reste un grand flou dans les détails.

Le 6 juin 1944 a lieu l’opération Neptune, c’est le jour J. D’un côté, les alliés, Américains, Canadiens, Britanniques, Polonais et Français pour un total de 156’000 hommes. De l’autre, les Allemands, 380’000 hommes qui défendent les plages de Normandie. Dans la nuit, ce sont pas moins de 7000 navires qui ont traversé la Manche pour reprendre par la force Utah Beach (USA), Omaha Beach (USA), Gold Beach (Can), Juno Beach (Can) et Sword Beach (Can-UK).

Nous avons tous en tête les photos de Robert Capa ou autre « Il faut sauver le soldat Ryan »… La peur au ventre des soldats qui s’élancent hors des embarcations en misant tout sur l’espoir de ne pas croiser le chemin d’une balle. Nous imaginons l’odeur de l’air iodé mêlé à celle du sable humide, de la poudre et du sang. Puis ce bruit, des tirs, des cris, des explosions, le lance-flamme qui vomit son mortel mélange. Et ces visions terribles de cadavres qui s’entassent derrière un tas de sable en essayant en vain de prendre un mètre de plage à l’ennemi, ces membres arrachés, la mer qui devient rouge… L’enfer sur terre.

Voilà pour ce que nous connaissons de cette première bataille très médiatisée de l’histoire, pour cette prise de la Normandie que nous n’oublierons jamais…

Ce qui peut surprendre pour une opération de pareille envergure et dont nous avons tous en tête ces images terribles, c’est le nombre de mort au combat. Les alliés comptent 3000 morts, disparus ou prisonniers lors de la prise des plages qui sont toutes prises en quelques minutes sauf Omaha Beach pour laquelle il faudra quelques heures. Nous sommes bien loin de l’image hollywoodienne du débarquement.

Alors si le symbole est important et mérite que nous continuions d’en parler, c’est-à-dire, un premier grand pas vers la libération, le bilan de cette journée reste relativement léger. Je ne dis pas que 3000 tués ce n’est rien, mais en comparaison à d’autres batailles ou d’autres événements c’est un petit chiffre. Par exemple, l’attentat perpétré contre les deux tours a fait le même nombre de morts, la bombe larguée sur Hiroshima a tué 70’000 personnes et le tsunami qui a frappé l’océan indien en 2004 a laissé derrière lui plus de 220’000 victimes. Combien de temps nous souviendrons-nous de ces dates et les commémorerons-nous? Pour rappel il s’agissait du 11 septembre 2001, du 6 août 1945 et du 26 décembre 2004.

Il est nécessaire de replacer ce chiffre de 3000 morts dans le contexte de la Seconde guerre mondiale. Environ 38 millions de civils et 18 millions de militaires ont perdu la vie en Europe dans ce conflit. Si nous parlons beaucoup de ce débarquement sur les plages normandes, nous oublions un peu rapidement que le plus gros des affrontements a été le conflit germano-russe qui a fait 14 millions de morts, soit 78% des pertes totales de la guerre. Sur la totalité, l’armée rouge représente 53% des tués, la Wehrmacht 31%, le Royaume-Uni 1,8%, la France 1,4% et l’Amérique du nord 1,3%.

Peut-être bien qu’il serait temps que les livres d’histoire replacent l’église au centre du village en arrêtant de se focaliser sur la pauvre France et le gentil sauveur américain, avec tout le respect que nous devons aux hommes qui se sont battus, pour parler aussi du gros des affrontements. En tout cas, dans les livres qui m’ont été donnés à l’école, l’attention n’était pas portée sur le conflit germano-russe, mais bien sur la partie médiatisée d’une guerre qui a mis a feu et à sang l’Europe. Serions-nous capable d’oublier cela en moins d’un siècle? Il est souvent dit qu’il est nécessaire d’étudier l’histoire pour ne pas commettre les mêmes erreurs que par le passé, les systèmes d’éducations oublieraient-ils le passé?