Tungstene est le nom d’un nouveau logiciel développé par une entreprise française qui permettrait de détecter les retouches sur les photos.

Valérie Boyer, l’instigatrice d’une loi qui vise à apposer obligatoirement sur toute photo retouchée un avertissement pour informer que l’image a subi des modifications, est venue présenter toute heureuse ce nouveau logiciel à l’Assemblée national.

Au-delà du fait que ce programme est totalement hors de prix (plus de 50’000€) et que l’on pourrait se laisser aller à quelques pensées lucratives, qui auraient pu traverser l’esprit de cette chère Valérie, quant à la commission qu’elle pourrait avoir si l’état demandait une licence (le chiffre pourrait faire rêver), nous ne le ferons pas, car ce n’est que pure spéculation, on peut se demander si ce programme est vraiment efficace et s’il vaut bien ses 50’000€?

Comme nous ne possédons pas ce fameux logiciel, nous devons nous en tenir à ce que l’on veut bien nous montrer.

De ce fait, si l’on en croit la vidéo ci-dessous, cela semble plutôt prometteur:

You need to install or upgrade Flash Player to view this content, install or upgrade by clicking here.

Pourtant, quelque chose m’a frappé dans cette démonstration. Mis à part que le journaliste souligne bien que la technologie est française (on a le droit d’être un peu nationaliste parfois) on ne voit pas la comparaison entre une image retouchée, et une image non retouchée.

On peut déduire que cela aurait pu être simple et efficace pour faire la démonstration.

Je suis donc aller faire un tour sur le site officiel de la société eXo maKina pour me retrouver sur la page du fameux logiciel  (voir ICI).

Arrivé sur cette page on peut lire un long texte qui nous vente les qualités du programme. Normal, on ne va pas les blâmer de faire la promotion de leur produit. Mais il est tout de même amusant de voir des termes se glisser, dont le sens peut laisser perplexe:

…Nous sommes également en mesure de macro-qualifier l’image par ses données Exifs …

Je vais me ridiculiser, mais moi je ne sais pas ce que cela veut dire « macro-qualifier ».

Heureusement, après une recherche sur google, je me sens moins seul, car, lui non plus ne sait pas, pas plus que Wiki, pas plus que le petit, le grand et le moyen Larousse et Robert…etc.

On trouve le mot macro dans le monde de l’informatique:

Une macro est un terme générique pour désigner un moyen de mémoriser un enchaînement de tâches au sein d’un logiciel.

On le trouve aussi en photo, pour la photomacrographie qui est le fait de prendre une photo avec un rapport de grandissement au-dessus de 1:1.

On peut aussi en parler en politique, en économie, dans le sens de « grand ».

Mais je n’ai toujours pas trouvé la signification de « macro-qualifier ».

Mais on ne va pas s’attarder sur le sujet, je vous invite plutôt à lire leurs exemples et démonstrations.

Nous avons en premier lieu, le filtre de clonage. Je pense qu’on ne peut rien dire sur le sujet, la technique est simple et connue et fonctionne sur beaucoup d’autres logiciels. On cherche simplement les séquences ou les pixels se répètent de façon identique. C’est d’ailleurs avec cette technologie que fonctionne la compression JPEG. La seule chose que l’on peut dire, c’est qu’il est l’unique filtre sûr à 100% tels que le produit est présenté.

Passons alors à leur deuxième technique, le filtre exogène, je cite:

Deuxième filtre opérationnel, qualifié d’exogène, il a comme fonction principale la détection des photos-montages par l’ajout de patchs d’une image tierce sur l’image support du montage. Dans certains cas, il est à même de détecter des clonages évolués.

Ce type de montage est utilisé pour créer artificiellement une scène n’ayant jamais existé.

Encore une fois, les exemples montrés ne vont que dans un sens, images retouchées, mais pas de comparaison avec une image non retouchée. Ce qui est très drôle de noter, c’est la phrase suivante:

Dans certains cas, il est à même de détecter des clonages évolués.

Ce qui veut dire que selon la complexité du clonage ils ne sont plus à même de trouver la supercherie ?

J’ai donc lu la présentation des deux derniers filtres. On retrouve la même ligne de conduite avec des images retouchées sans comparaison avec des images non retouchées.

Dans toute cette présentation ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas ces approximations, ni certain terme très drôle pour donner cette impression de « science« , mais bel et bien certaines phrases comme celle citée plus haut.

La plus significative reste celle qui est placée à la fin du texte de présentation:

TUNGSTENE doit être considéré comme une extension de la vision et de l’intuition de l’expert. Notre logiciel favorise la boucle de rétro-action positive entre cet expert et l’image.

Autrement dit, Tungstene est juste sujet à interprétation et ne dit pas de façon claire si une image est retouchée ou ne l’est pas !

Est-ce vraiment utile de dépenser 50’000€ par unité pour acquérir une licence de ce logiciel ?

Qui retouche les photos et qui a besoin de savoir si elles sont retouchées?

À première vu, avec un prix de 50’000€ ce n’est pas spécialement destiné au particulier ou même aux organisateurs de concours photo qui voudraient vérifier l’authenticité des images. On va plus facilement s’orienter vers l’état (au vu de la loi citée plus haut) ou les corps d’armée, voir des journalistes qui voudraient pointer du doigt certains agissements politiques ou autres.

Qui est censé craindre cette technologie ?

Tout simplement les opposés de ceux qui ont intérêt à l’avoir, en gros, exactement les mêmes personnes plus les agences de pub. (Si cette fameuse loi passe).

Est-ce qu’ils doivent vraiment craindre cette technologie ?

Non, et ceci pour plusieurs raisons. Le programme donne des résultats qui sont sujets à interprétation. Ce qui va simplement donner lieu à de très jolis combats d’expert (mise à part bien sur les retouches flagrantes, mais là pas besoin d’un programme, un tour ICI et on est au courant de ce genre de retouche). Car on parle bien de personnes qui ont les moyens de pousser la retouche très loin, et pour qui 50’000€ n’est qu’une goute dans l’océan.

Imaginez, je suis le patron de la marque de mode XXX connu par le monde. Je veux continuer à faire des retouches pour mes pubs sans me voir apposer une étiquette sur mes images qui le signale. J’achète alors le programme et je fais ma retouche en analysant moi-même mes photos … jusqu’à obtenir une sortie jugée conforme, ou difficilement identifiable comme étant retouchée.

Et là, je parle de la version « compliquée » de la chose.

Que se passe-t-il si je retouche tranquillement ma photo et que j’en sors un tirage grand format haute qualité que je rephotographie dans des conditions optimales ?

Comme toutes leurs analyses se font sur les changements clefs des pixels, uniquement sur le contenu numérique de l’image, comment repérer ces changements dans le cas que je viens de citer ?

En conclusion:

Comme pour le piratage, le vol, le dopage …etc. Ceux qui « trichent  » ont toujours une longueur d’avance sur ceux qui essayent de les « attraper« . Comme tout est histoire d’argent, au final, c’est bien eux qui seront les gagnants.

Pourton.info prend position et dit clairement qu’au-delà du débat sur la retouche d’image, un programme comme celui qui vient de vous être présenté est parfaitement inutile !