Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler foutebol…

Hier soir s’est tenue, au stade Santiago Bernabeu de Madrid, la  finale de la Ligue des Champions. Cette édition de la compétition nous proposait une affiche inédite entre deux grands clubs européens déjà vainqueurs de l’épreuve. D‘un côté se trouvait le Bayern Munich, victorieux en 1974, 1975, 1976 et 2001. Face à lui se présentait l’Inter de Milan deux fois vainqueur du trophée : en 64 et 65.

Plus qu’aucun autre, ce match était annoncé comme un duel tactique qui allait opposer les deux entraîneurs maîtres stratèges. Pour le Bayern, Louis Van Gaal. Pour l’Inter, José Mourinho. La confrontation occupait toutes les conversations et toutes les colonnes de la presse spécialisée.

Les deux hommes se connaissent très bien puisque, lorsqu’il est arrivé à Barcelone en 1997, Van Gaal a choisi de conserver un seul membre du staff de Bobby Robson son illustre prédécesseur : José Mourinho. Remarqué par Van Gaal pour un coup de gueule qu’il pousse en réunion de direction, le Portugais est d’abord embauché en tant que traducteur mais ne tardera pas à devenir l’adjoint technique de Van Gaal tant sa compréhension du jeu et ses capacités d’analyses sont énormes. Pendant trois ans Van Gaal va donc s’appuyer sur Mourinho pour étudier et comprendre à l’avance le jeu des adversaires du Barça.

En 2000 les deux hommes se séparent et quittent Barcelone. Ils ne se retrouveront qu’en 2010 : hier, soir de finale de Ligue des Champions, face à face, au sommet de l’Europe.

Si Van Gaal est resté relativement discret depuis son départ de Barcelone (aucun titre depuis 1998), Mourinho, lui, s’est fait connaître, pour son amour de la provocation et sa collection de titre : deux fois champion du Portugal et déjà vainqueur de la C1 ainsi que de la C3 avec le FC. Porto! Deux fois champion d’Angleterre avec Chelsea, deux fois champion d’Italie avec l’Inter, il a également gagné, dans chacun de ces pays, au moins une édition de chacune des Coupes nationales. Un palmarès impressionnant, d’autant plus que « the Spécial One » n’a que 47 ans et donc encore une longue carrière devant lui.

Lorsque la question de savoir si « l’élève avait dépassé le maître » s’est posée, la réponse semblait dès lors évidente. La presse européenne a pourtant choisi de préparer ce match sur le thème de ces émouvantes retrouvailles et de cette confrontation de tacticiens. Il y avait de l’anecdote à volonté, des flash-back long de six colonnes et plein de photos vieilles de dix ans… On entendait presque les sabres lasers. Louis Van Gaal gagnait en génie car il avait été le maître de Mourinho pendant trois ans. Lui qui sortait d’une traversée du désert longue de douze ans et qui avait été à deux doigts d’être remercié par le Bayern en janvier dernier, redevenait un infaillible maître es stratégie, Dark Vador du 4-4-2, capable de compenser ses propres lacunes et celles de son effectif, Mourinho prenait alors le rôle du jeune padawan qui tremble à l’idée de détruire lui-même le mythe du père…

Pourtant il faut bien avouer que l’enjeu de la rencontre n’était pas là : fort d’une science tactique hors norme et d’un effectif dont il a su tirer le meilleur, Jose Mourinho partait très nettement favori dans cette finale : après avoir sorti Chelsea et Barcelone, l’Inter n’avait franchement aucune raison de trembler face à un Bayern pas franchement impressionnant durant le reste de la compétition. Il existait bien quelques chances de voir le Bayern s’imposer mais la logique, celle qui veut que le plus fort l’emporte, ne laissait aucun doute quant à l’issue de la rencontre.

Une fois la partie entamée il n’aura pas fallu attendre longtemps pour sentir que le vent de l’inévitable soufflait sur Madrid : rendus difficiles par une pelouse glissante, les premiers contrôles  et les premières transmissions furent nettement à l’avantage des Italiens qui se montrèrent beaucoup plus tranchants que leurs adversaires.

A dix minutes de la pause, l’inévitable Diego Milito, bien lancé par Sneijder, transperçait la défense allemande dépassée. Il ouvrait le score et plaçait l’Inter dans une position qu’il affectionne particulièrement : mener au score et attendre l’adversaire pour le prendre en contre.

Pendant près d’une heure ce fut alors une démonstration de la supériorité évidente d’un collectif sur l’autre. Bien regroupés, les Interistes ont repoussé les vagues du Bayern sans franchement se faire de frayeurs… Robben impuissant, Olic invisible, Muller étouffé, Van Bommel et Schweinsteiger trop timides…Si le système de Mourinho a parfaitement fonctionné c’est également grâce à des joueurs de classe mondiale : Cambiasso, Zanetti et Samuel ont littéralement écrasé les créateurs adverses tandis que Milito, Sneijder et Pandev faisait frissonner les supporters bavarois à la moindre occasion.

Milito, encore lui, trouva d’ailleurs le chemin des buts une seconde fois : profitant d’un bon travail sans ballon d’Eto’o, il crocheta un Van Buyten trop massif, avant d’ajuster Butt d’une frappe imparable.  Le buteur argentin signait un magnifique doublé et  enterrait du même coup les derniers espoirs de Van Gaal.

Là où Barcelone s’était cassé les dents quelques semaines plus tôt, le Bayern n’a donc pas réussi non plus. L’Inter n’aura eu besoin que de trente cinq minutes pour prendre un avantage décisif et se mettre en position de gérer la rencontre contre un adversaire qui lui était clairement inférieur.

Le club du président Moratti remporte donc enfin la « coupe aux grandes oreilles » quarante cinq ans et un milliard d’euros après son dernier sacre européen. Il signe du même coup un triplé historique Championnat-Coup-C1 !

Mourinho rentre quant à lui dans le club très fermé des entraîneurs qui ont remporté la C1 avec deux clubs différents. Il a d’ailleurs déclaré, dès la fin de la rencontre, qu’il voulait être le premier à le faire avec trois clubs…Une bonne nouvelle pour le Real Madrid qui rêve d’embaucher le technicien portugais pour la saison prochaine.

Côté Bayern, il faudra se contenter d’un doublé Championnat-Coupe, et (peut être) se consoler en se disant qu’échouer contre la formation la plus intelligente de la compétition n’a rien de honteux. Van Gaal pourra également se satisfaire de son heureux retour aux premiers plans européens tout en espérant être capable de faire aussi bien l’année prochaine.

Allé bon vent, et bon foute!